Les labiales ne se lient pas, sauf le p des adverbes beaucoup et trop devant un participe ou un adjectif, ou devant la préposition à. Il y conserve son articulation normale, étant une forte: il a beaucou(p) pappris, il y a beaucou(p) pà faire, tandis qu’on ne fait pas de liaison dans il y a un cou(p) à faire; de même j’ai tro(p) pà dire, je suis tro(p) pému. Encore ces liaisons ne sont-elles pas tout à fait obligatoires dans la conversation, sauf peut-être la dernière, à cause du lien étroit qui est entre les mots.
On dit aussi: qui tro(p) pembrasse mal étreint, à cause de l’inversion qui appuie trop sur embrasse; mais on ne peut plus dire tro(p) pest trop, et ce n’est guère qu’en vers qu’on peut prononcer c’est dire beaucou(p) pen peu de mots, ou encore beaucou(p) pont cru.
En vers, on peut même encore lier coup: par un cou(p) pimprévu, mais seulement avec un adjectif, et cela prend un air assez archaïque. On ne saurait aller plus loin, et l’on dira toujours, même en vers, un plom(b) assassin, un cham(p) immense, le cam(p) ennemi, un dra(p) usé, voire même un lou(p) affamé, et à fortiori du plom(b) et du fer.
Les gutturales ne se lient pas beaucoup plus: le cri(c) est lourd, fran(c) et net, blan(c) et noir, et aussi bien du blan(c) au noir, de flan(c) en flanc, l’étan(g) est vide, et aussi bien un étan(g) immense, n’admettent plus la liaison, même en vers.
Les jugements de cour vous rendront blan(c) ou noir[907].
Toutefois on peut encore lier, même en prose, le c de l’adjectif franc devant un substantif: un fran(c) kétourdi, et on lie toujours les expressions composées fran(c) karcher, fran(c) kalleu] et à fran(c) kétrier. Ceci permettra peut-être de lier en vers:
Être fran(c) ket sincère est mon plus grand talent[908];
mais c’est tout juste, et taba(c) kà priser ne saurait plus guère passer aujourd’hui, et moins encore il me convain(c) kassez.
Quoique le c de croc isolé ne se lie jamais, on le lie nécessairement dans cro(c)-ken-jambe (avec ouverture de l’o), les mots composés étant généralement traités comme des mots simples, où toutes les consonnes se prononceraient normalement[909].
Dans les mots en -spect, c’est le c qui se lie, mais on ne le lie en prose que dans l’expression inséparable respe(ct) khumain, tandis qu’en vers la liaison est encore acceptable partout: