Toutefois, ici encore, la préposition à, je ne dis plus requiert, mais admet régulièrement la liaison, nous avons droi(t) tà cette faveur.

De plus la liaison reste nécessaire, comme partout, dans les mots ou expressions composés: d’abord, naturellement, celles où entre le mot tout; puis d’autres, comme gue(t)-tapens, pon(t) taux ânes, mo(t) tà mot, po(t) tà eau, po(t) tau lait, po(t) tau feu, po(t) tau noir, po(t) taux roses[922]; et aussi peti(t) tà petit, de hau(t) ten bas, d’un bou(t) tà l’autre, bou(t) tà bout, bu(t) tà but, de bou(t) ten bout, de bu(t) ten blanc, de fon(d) ten comble, de momen(t) ten moment, de poin(t) ten point[923]; et même accen(t) taigu, et c’est un droi(t) tacquis. Et ainsi pied, qui avait perdu son d, et pour lequel Malherbe et Ménage n’acceptaient aucune liaison, a repris celles de pie(d) tà terre, de pie(d) ten cap, et même pie(d) tà pied; et l’on distingue avoir un pie(d) tà terre (logement) et avoir un pie(d) à terre (sens littéral).

En revanche, cha(t) échaudé ou cha(t) en poche ne sauraient passer pour des mots composés, et la liaison ne s’y fait plus guère, malgré Littré. Elle n’est même plus indispensable dans au doi(gt) et à l’œil, pas plus que dans mon(t) Etna, mon(t) Hécla ou mon(t) Œta, où elle est seulement possible[924].

IV. Après un R.—Mais il y a surtout une catégorie de liaisons qu’il importe absolument d’éviter, en vers aussi bien qu’en prose: c’est celle des finales où le t est précédé d’un r; ou plutôt la liaison s’y fait si naturellement par l’r, qu’on n’a nul besoin d’en chercher une autre, qui est depuis longtemps condamnée.

C’est une chose dont on ne convaincra pas facilement la plupart des comédiens! Et je ne parle pas seulement des chanteurs, qui ne croiraient pas vibrer suffisamment s’ils ne criaient pas Mor(t) tà l’impie! La tradition est pareille à la Comédie-Française, mais elle n’en est pas meilleure, et prendre par(t) tà, qu’on y entend, ne saurait pas plus passer que par(t) tà deux, qui serait grotesque.

De même, avec un d, bavar(d) impudent, regar(d) effaré, abor(d) aimable, sour(d) et muet, et aussi bien avec un t, art exquis ou même ar(t) oratoire, un quar(t) au moins, un rempar(t) infranchissable, déser(t) immense, por(t) ouvert, ver(t) et bleu, et à fortiori le sor(t) en est jeté, ne sauraient admettre de liaison en aucune circonstance et sous aucun prétexte.

Même si l’adjectif est devant le substantif, mieux vaut ne pas lier: un for(t) avantage, un cour(t) espace de temps. Il en est de même des verbes: il par(t) au matin, il conquier(t) un empire, il est mor(t) avant l’âge.

Ainsi la règle est presque absolue aujourd’hui et on n’y fait plus que fort peu d’exceptions.

L’usage s’est généralisé peu à peu de lier le t de l’adverbe fort, par analogie avec trop, tant et les autres; on dit donc aujourd’hui généralement for(t) thabile ou for(t) taimable, mais jamais le for(t) tet le faible, ni le plus for(t) ten est fait, ni même for(t) ten gueule[925].

On lie aussi le t, bien entendu, dans les formes interrogatives, qui d’ailleurs sont de moins en moins usitées: par(t)-til? d’où sor(t)-til? On peut même dire cela ne ser(t) tà rien, pour éviter la cacophonie de rarien, mais jamais qui ser(t) tà table.