La liaison est un peu moins nécessaire, mais c’est encore la prononciation correcte, comme pour le t, devant y et en atones, et devant un infinitif: je veu(x) zaller, je veu(x) zy aller ou vous aime(z) zà rire; moins encore dans tu va(s) zen Suisse, ou en est préposition. Pourtant beaucoup de personnes diront très naturellement si tu va(s) zà Paris, pour éviter l’hiatus désagréable de deux voyelles identiques, mais ce n’est point indispensable; pas davantage dans je rend(s) à César ou rende(z) à César. On parlera plus loin des formes à e muet suivi d’un s.
La liaison est encore nécessaire avec les prépositions monosyllabiques, dans, dès, sans, chez, sous, devant leurs régimes[933]: dan(s) zun jour, san(s) zamour, che(z) zelle, sou(s) zun arbre; elle est un peu moins indispensable avec après ou depuis. Elle est réservée à la lecture avec ci-inclus, non compris ou même hormis, tout à fait inusitée avec hors, vers, envers, à travers, dont nous parlerons tout à l’heure.
La liaison doit se faire aussi correctement avec les mots négatifs pas, plus, jamais, si peu qu’ils soient liés au mot suivant: je n’aime pa(s) zà boire, nous n’irons plu(s) zau bois, jamai(s) zon a vu; de même avec les adverbes de quantité plus, moins, très, assez, portant sur le mot qui suit: plu(s) zaimable, moin(s) zil en fait, et même, en vers, asse(z) zet trop longtemps.
Elle se fait naturellement dans des expressions composées, comme de mieu(x) zen mieux, de plu(s) zen plus, de moin(s) zen moins, voire même, si l’on veut, d’ore(s) zet déjà, sans parler de vi(s)-zà-vis.
D’autres adverbes, comme autrefois, parfois, quelquefois, désormais, longtemps, puis, se lient encore très correctement, mais plutôt dans la lecture.
La conjonction mais se lie fort bien aussi, même par-dessus une virgule, car les conjonctions monosyllabiques, à moins qu’on ne veuille produire un effet spécial, ne se séparent guère des mots qui les suivent:
Mai(s), zen disant cela, songez-vous, je vous prie...[934].
II. Les pluriels.—Mais le rôle principal de la liaison ici, celui qu’elle paraît devoir jouer pendant longtemps encore, c’est de marquer le pluriel. Sur ce point, elle ne fléchit guère.
C’est pour cela que les articles pluriels, les, des, aux, ainsi que ces, les adjectifs possessifs ou indéfinis, mes, les, ses, nos, vos, leurs, certains, plusieurs, etc., les adjectifs numéraux, deux, trois, six, dix, quatre-vingt, se lient encore sans exception, devant un substantif, bien entendu, même précédé de son adjectif: le(s) zamis, ce(s) zhommes, certain(s) zauteurs, plusieur(s) zautres personnes, deu(x) zaimables personnes, et même deu(x) zix(x) ou troi(s) zem (m), et aussi, avec double liaison, ce(s) zaimable(s) zenfants.
Ces liaisons sont si nécessaires que le peuple ajoute volontiers quatre à deux, trois, six et dix: le bal des Quat(re) zArts et même par quatre zofficiers.