Là encore il y a beaucoup de liaisons qui, nécessaires en vers, sont facultatives en prose, d’autres qui sont encore obligatoires partout ou interdites partout.
De plus, les principes généraux sont sur beaucoup de points les mêmes que pour les dentales, ce qui nous permettra de passer plus rapidement sur ces points.
J’ajoute que la liaison se fait toujours en s doux ou z: c’est un cas particulier de la prononciation de l’s entre deux voyelles. Le phénomène est si général et si nécessaire, que l’s dur qui sonne à la fin des mots s’adoucit couramment devant une voyelle, quand les mots sont liés par le sens: on dit beaucoup moins fi(ls) sunique que fi(ls) zunique[929].
I. Les différentes espèces de mots.—Comme pour le t, les substantifs en principe ne se lient guère qu’en vers ou dans la lecture; je parle bien entendu des substantifs singuliers, le pluriel étant l’objet d’un examen spécial.
Même des expressions aussi courantes que la voix humaine, le temps est beau, ou même un avis important, qu’on peut encore lier si l’on veut, s’emploieront plutôt sans liaison dans la conversation courante[930].
La liaison n’est plus guère nécessaire que dans les expressions toutes faites, comme pa(s) zà pas, au pi(s) zaller, de temp(s) zen temp(s), de temp(s) zà autre, en temp(s) zet lieu, do(s) zà dos, do(s) zau feu et ventre à table, ou encore la pai(x) zet la guerre, pour éviter un hiatus désagréable. En revanche, il y a des substantifs qui n’admettent jamais aucune liaison, comme noix, nez ou riz: ne(z) aquilin, ne(z) au vent, nez à ne(z), ri(z) au lait.
On peut même dire que tous les noms propres sont dans ce cas: c’est à peine si l’on pourrait dire, dans la conversation, Pari(s) zest grand.
Les adjectifs se lient aussi dans les mêmes conditions que pour le t, mais il y en a beaucoup moins. On dira donc bas zétage toujours, ou encore gras zà lard; mais ba(s) zet profond dans la lecture seulement, ba(s) et profond dans la langue parlée.
Il en est de même encore pour les verbes. Dans les formes les plus courantes, la liaison est indispensable, et l’on ne conçoit guère les formes des verbes être et avoir sans liaison. Et pourtant elle est déjà moins indispensable dans l’usage à la suite de nous avons et vous avez qu’avec les monosyllabes du singulier, je suis, tu es, tu as, et aussi nous sommes, vous êtes; elle est même moins indispensable après tu as qu’après tu es[931].
Elle est encore évidemment nécessaire devant y et en toniques: va(s)-zy, alle(z)-zy, et même avec e muet: songe(s)-zy bien, donne(s)-zen[932].