Et le soir on lançait des flèche(s) zau(x) zétoiles,

où la liaison de flèches demande de la délicatesse[950].

Si l’s même du pluriel ne se prononce pas toujours volontiers dans l’usage courant après un e muet, il en est de même à fortiori pour celui de la seconde personne du singulier, à part l’impératif suivi de en ou y. Car on est bien obligé de dire songe(s)-zy ou donne(z)-en, puisque l’s a été mis là exprès pour cela. Ou plutôt l’s a été prononcé là avant qu’on ne l’écrivît; mais on dit de préférence sans liaison: tu aime(s) à rire, tu chante(s) à ravir.

Sans doute, tu chante(s) zà ravir irait encore assez bien en vers; mais que dire de Tu lâche(s) zOscar, que Victor Hugo a mis dans la Forêt mouillée?

D’autre part, quand Lamartine écrit dans la Mort de Socrate:

Toi qui, m’accompagnant comme un oiseau fidèle,
Caresse encor mon front au doux vent de ton aile,

il fait une faute d’orthographe, c’est certain, et il en a fait beaucoup de pareilles; mais peut-être a-t-il mieux aimé la faire que d’écrire Me caresse(s) zencore, qui était facile. On se demande lequel des deux valait le mieux. Tout bien considéré, je crois que les poètes auraient mieux fait d’élider franchement et par principe, malgré l’s, toutes ces secondes personnes de première conjugaison.

Quant à l’s des noms propres, il est vraiment impossible de le prononcer, même dans la lecture ou le discours; si on ne le prononce pas après une consonne ou une voyelle simple, ce n’est pas pour le prononcer après un e muet: imagine-t-on Versaille(s) zest superbe, George(s) zOhnet ou Charle(s)-zAlbert?

Ces liaisons étaient sans doute possibles autrefois, mais il y a longtemps, et aujourd’hui les poètes eux-mêmes préfèrent supprimer l’s. Voici par exemple deux vers d’Aymerillot, où Victor Hugo avait le choix:

Le bon roi Charle est plein de douleur et d’ennui.
Charle, en voyant ces tours, tressaille sur les monts.