On dira aussi, sans article, homme(s) zet femmes, femme(s) zou enfants, sage(s) zet fous, et la liaison restera possible avec l’article, sans être nécessaire.

De même, on peut dire à la rigueur deux livre(s) zet demie. Pourtant il n’est guère admis de dire deux heure(s) zet demie: cette prononciation a un air prétentieux, ou témoigne du moins d’une certaine recherche, qui n’est pas exempte d’un pédantisme inconscient, et l’on fera mieux de dire deux heures et demie, comme une heure et demie; quant à dire deux heure(s) zet quart ou deux heure(s) zun quart, je ne crois pas qu’on s’y risque beaucoup, non plus qu’à dire entre onze heure(s) zet midi ou trois heure(s) zaprès: ce serait presque ridicule, alors qu’on dit correctement trois an(s) zaprès. On ne dit pas davantage des pompe(s) zà vapeur, sans parler des maître(s) zès arts, qui est imprononçable.

On dira même moins souvent ou moins facilement dans la conversation: ces homme(s) zont fait leur devoir que: ces gen(s) zont fait leur devoir.

On voit que la liaison de la syllabe muette avec s, au pluriel, est plus restreinte dans la langue parlée que celle de la syllabe tonique. Même dans la lecture ou le discours, elle est souvent évitée comme désagréable à l’oreille, et il y a une foule de cas où elle ne peut se faire qu’en vers. Mais là elle est naturellement indispensable, sans quoi les vers seraient faux:

Et fit tourner le sort des Perse(s) zaux Romains[946].
Nos prince(s) zont-ils eu des soldats plus fidèles?[947].

A vrai dire, les poètes mettent quelquefois le lecteur à de rudes épreuves, jusqu’à Racine lui-même:

Mes promesse(s) zau(x) zun(s) zéblouirent les yeux[948].

Encore peut-on se tirer d’affaire ici par une pause après promesses; mais alors le vers paraît clocher, parce que l’e muet a l’air de s’élider. Ce sont des pauses qu’il faut éviter autant que possible, et l’on n’hésitera pas à dire, par exemple:

Quels reproche(s), zhélas! auriez-vous à vous faire?[949].

car le mot hélas! se lie assez bien à ce qui précède. Il y a d’ailleurs des pauses qui ne sont guère possibles, comme dans