On n’en fait pas davantage dans les verbes: je par(s) aujourd’hui, tu sor(s) avec moi.

Avec l’adverbe toujours, la liaison, de moins en moins fréquente, est encore admise ou tolérée, même en parlant, sans doute en souvenir du pluriel qui est dans le mot. Mais les prépositions hors, vers, envers, à travers ne doivent pas plus se lier que les autres mots, même dans une expression toute faite, comme enver(s) et contre tous. Il y a peu de liaisons plus désagréables, je dirais presque plus désobligeantes, que celle de ver(s) zelle[955].

Je rappelle, pour terminer, que les liaisons les plus correctes, si elles ne sont pas absolument indispensables, doivent être évitées, même dans la lecture, si elles produisent une cacophonie. Or, c’est avec l’s que le cas se produit le plus facilement. Ainsi tu a(s) zôté est parfaitement correct: tu le(s) zas est indispensable; mais tu le(s) za(s) zôtés est inadmissible; on dira donc tu le(s) a(s) ôtés, la seconde liaison n’étant pas indispensable comme la première.

LIAISONS DES NASALES

En résumé, nous n’avons trouvé jusqu’ici de liaisons importantes et vivantes qu’avec le son du t ou de l’s doux. Il y en a encore une, moins importante, mais très curieuse, c’est celle de l’n dans les finales nasales, l’m ne se liant jamais.

Les finales nasales se liaient autrefois, comme toutes les consonnes, et par suite ne faisaient pas en vers les hiatus qu’elles font aujourd’hui pour nous[956].

Aujourd’hui la liaison des nasales est réduite presque uniquement aux adjectifs placés devant le substantif, cas essentiel, comme on l’a vu, en matière de liaison. Or les adjectifs qui peuvent être à cette place sont en somme assez peu nombreux, surtout en prose.

La plupart des adjectifs qui peuvent se lier sont en -ain: certain, hautain, lointain, humain, prochain, soudain, souverain, vain et vilain, avec plein, ancien et moyen. Mais la liaison offre ici un phénomène très remarquable, car la nasale se décompose, et c’est le son du féminin qu’on entend: certai-nauteur, un vai-nespoir, un vilai-nenfant, en plei-nair, le moye-nâge, un ancie-nami, et même au prochai-navertissement; et en vers, ou dans le style oratoire, un certai-nespoir, un soudai-nespoir, ou encore:

Agrippine, Seigneur, se l’était bien promis:
Elle a repris sur vous son souverai-nempire[957].

On dit de même un mie-nami, un sie-nami, expressions d’ailleurs assez rares[958].