[104] Law aussi, je parle du banquier, devrait se prononcer lo; mais ce mot ayant été à l’origine employé surtout au génitif (Law’s bank), le génitif fut pris pour le nom et la prononciation lasse prévalut, acceptée pas Law lui-même; elle prévaut encore. Nous avons un phénomène tout pareil aujourd’hui dans telles expressions assez absurdes, comme chez Maxim’s.
[105] Le groupe oi est dérivé d’un e latin qui s’est d’abord renforcé, ou simplement mouillé, en éï, puis ouvert en èï, et ensuite oï, la voyelle initiale étant toujours le son principal. Pendant ce temps l’orthographe suivait la prononciation. A partir de cette étape, elle n’a plus changé, mais la prononciation a continué à évoluer. D’abord i est devenu le son principal du groupe; puis oï s’est ouvert à son tour en oé, oè, oa, et, par l’assourdissement de l’o, ouè et oua. C’est là que nous en sommes, si bien qu’il n’y a plus aucun rapport entre l’écriture et la prononciation, qui est exactement wa, avec w consonne, sans i ni o. La lutte fut d’ailleurs très longue entre ouè et oua, sans compter è tout court, qu’on entendait notamment dans adroit, froid, trois et croire. Témoin la réponse de Fontenelle à qui on demandait comment il fallait prononcer je crois: Je crès, dit-il, qu’il faut prononcer je croa. Finalement on a adopté, pour le son è, l’orthographe ai, et oi a fini par passer à wa. Il n’y pas fort longtemps que le fait a été reconnu et accepté par les grammairiens. C’est seulement en 1805 que Domergue l’a proclamé, à l’encontre de tous les livres, qui continuaient à enseigner le son ouè. Aujourd’hui cette prononciation est tout à fait surannée et dialectale, et je ne sais où Michaëlis et Passy ont pu entendre indifféremment jwagne et jwègne.
[106] La finale oy a disparu de l’orthographe, mais se retrouve dans les noms propres français, où sa prononciation est la même: Darboy, Fontenoy, Jouffroy, de Troy, et même au besoin Rob-Roy, se prononcent comme s’ils avaient un i.
[107] Et aussi dans Troie, Troyes ou Millevoye, qui se prononcent exactement comme trois ou vois.
[108] Corneille, le Cid, acte II, scène 8.
[109] Il n’est guère possible de justifier roide, en dehors de la rime: la langue françoise ne s’en accommode plus. Domergue lui-même conseillait déjà rède, à côté de roidir et roideur. Faible aussi s’est longtemps écrit foible, même au XIXᵉ siècle; mais il se prononçait tout de même fèble, et je ne sais pourquoi il avait conservé son ancienne orthographe.
C’est seulement en 1835 que l’Académie se décida à écrire ai le groupe oi, quand il se prononçait è: encore fit-elle exception pour roide et harnois.
[110] Oi est aussi assez long dans les mots en -oirie: armoirie, plaidoierie, etc., mais moins que dans -oir. Autrefois il se fermait dans -oire, et y semblait plus long que dans -oir.
[111] Il représente aussi un s tombé (sauf dans benoît, benoîte, où il est peu justifié). C’est pourquoi on en tenait compte autrefois, et l’on trouve encore des exemples de la prononciation ancienne, mais elle est tout à fait surannée.
[112] Quand ce n’était pas ngn ou ingn: ainsi gagner s’écrivait aussi bien ga-igner, ga-ngner, ga-ingner, d’autant plus que le son de l’a a longtemps été nasal dans ce mot, comme l’o l’est resté ou plutôt redevenu dans Brongniart, qui, régulièrement, devrait se prononcer bro-gnar.