A fortiori, s’il est déjà douteux qu’il faille fermer l’a de matelas ou de cadenas, on ne saurait évidemment conseiller de fermer celui de matelasser ou de cadenasser: ce sont des prononciations parisiennes fort peu recommandables. De même, il n’est pas indispensable de fermer l’a de garer ou rareté, ou celui de cassette, et je conseillerais encore moins de fermer celui de casserolle. La manière de prononcer espacer, lacer, lacet ou enlacement, brasser ou brasseur, dépendra de celle dont on prononce espace, lace ou brasse.
De même, pour les mots en -ailler, -ailleur, -aillon, etc., c’est la manière de prononcer aille qui décidera. Ainsi l’intention péjorative paraît se marquer par l’a fermé dans écrivailler ou écrivailleur, brailler ou brailleur, graillon ou avocaillon, etc. On ferme aussi l’a dans railler ou dérailler (et aussi dans joaillier), mais non pas dans travailler ou travailleur, émailler, corailleur, détailler ou bailler (donner). On le ferme dans haillon, et au besoin paillon, mais non dans médaillon, ni même dans bataillon, de quelque manière qu’on prononce bataille.
On prononcera tailleur suivant la manière dont on prononce taille. Surtout il n’y a aucun inconvénient à ouvrir l’a dans poulailler, dans cailler et caillot, et dans presque tous les dérivés et composés de paille, comme paillard, rempailler, paillasse, paillette, et surtout paillasson[76].
Il va sans dire que s’il n’y a pas de forme tonique en -aille, il n’y a plus aucune raison pour que -ail- prétonique soit fermé; aussi est-il ouvert de préférence dans tous les mots qui commencent par cail-, comme caillette, caillasse et caillou; de même, et plus sûrement encore, dans ailleurs, maillet, maillot, saillir, jaillir et leurs dérivés, et dans crémaillère[77].
En revanche, il peut arriver que l’a prétonique soit fermé, même sans avoir été tonique, et cela pour les mêmes raisons que l’a tonique. Ainsi on a vu que la sifflante douce fermait l’a tonique des finales en -ase ou -aze, et par suite l’a des verbes en -aser et de leurs dérivés; elle ferme aussi l’a atone, non sans quelque flottement, dans alguazil, basalte, basane et basané, bazar, basilic et basilique, basoche, blason et gazon, jaseran, masure, mazette, nasal et naseaux, quasi, et quelques autres, si l’on veut; sensiblement moins ceux des mots en -asif et -asion; très peu aujourd’hui ceux de gazelle, gazette ou gazouiller; plus du tout ou presque plus ceux de faséole et surtout casemate[78].
L’r aussi, surtout l’r double, sert à fermer l’a prétonique dans un certain nombre de mots, sans que ce soit indispensable, notamment dans les mots de deux syllabes en -aron, parce que la prétonique y est initiale: baron, charron, larron, marron, en opposition avec fanfaron, macaron ou mascaron, dont l’a est toujours ouvert[79]. L’a se ferme encore assez souvent dans carriole, carrosse, chariot et charrue (mais beaucoup moins dans charrette, charrier ou charroyer); aussi dans sarrau, parrain et marraine[80]; dans madré, dans scabreux, et, si l’on veut, dans madrier et marri. A Paris, on y ajoute même carotte, mais je ne conseille pas de fermer cet a, non plus celui de jarret, baroque, haro, tarot et même garrot, moins encore celui de bigarré, déjà signalé, ou même bigarreau[81].
L’a est encore long et fermé dans quelques mots comme magot, maçon et ses dérivés; et si estramaçon a gardé l’a bref et ouvert, limaçon suit parfois l’analogie de maçon. Il est encore plus ou moins fermé, mais il tend à s’ouvrir, dans cassis[82], chalet, jadis, lama, maflu, maquis, naïades, praline et praliné, ramure, smala, tasseau, valet; il est sûrement ouvert et bref aujourd’hui dans anis, pomme d’api, chassieux, madeleine, passereau[83].
D’autre part, on contrarie mal à propos la tendance générale de la langue, quand on ferme l’a devant deux consonnes distinctes, comme dans mardi, pascal, pastel, pasteur et ses dérivés, où l’a est naturellement moyen, malgré l’usage parisien[84].
Le souvenir de la quantité latine fera fermer correctement l’a dans stabat, amen, frater, alma mater, et dans ab irato, casus belli, de plano, sine qua non, ainsi et que dans postulatum, ultimatum et autres mots en -atum et -arium, qui ont gardé l’allure du latin; mais il y a doute déjà pour hiatus et stratus, pour gratis et in-plano, plus encore pour majeur ou major[85].
La prononciation de l’a dans les mots en -ation ou -assion varie énormément, mais il tend à s’ouvrir; il est même certainement ouvert dans nation, et je ne conseille pas de le fermer dans passion et compassion et leurs dérivés. Quant aux mots en -ateur, -atrice, -atif ou -ature, ils ont l’a parfaitement ouvert, malgré l’étymologie, ainsi que a priori ou a posteriori[86].