4º L’A atone
Après l’a tonique nous devons parler de l’a atone, d’autant que, parmi les voyelles atones, c’est encore l’a qui offre le plus de variété.
Nous savons qu’en principe il est moyen et assez ouvert. Il lui arrive pourtant d’être fermé, et c’est cela seul qui importe ici, car la quantité des voyelles atones est toujours subordonnée à leur ouverture. Ainsi, tandis que l’a tonique peut être long même quand il est ouvert, comme dans courage ou barbare, l’a atone ne peut être long qu’autant qu’il est fermé. C’est pourquoi l’a long des finales ouvertes en -age et -are s’abrège régulièrement en devenant atone, au moins si la prétonique n’est pas initiale: courage-courageux, barbare-barbarie[68].
Quels sont donc les a atones qui sont fermés, puisque ceux-là seuls nous intéressent?
Comme on peut s’y attendre, ce sont surtout des a toniques fermés, devenus atones par suite de la flexion, de la dérivation ou de la composition, et qui ne peuvent pas perdre toujours et absolument tous les caractères de leur nature première.
Il y a d’abord les a prétoniques qui ont l’accent circonflexe, surtout si la prétonique est initiale comme dans châtaigne, gâter ou pâlir[69]. Encore l’a est-il alors un peu moins fermé et surtout moins long que quand il est tonique, par exemple dans blâmer que dans blâme, dans hâler que dans hâle. Quand il s’éloigne davantage de la tonique, il arrive parfois qu’il devient tout à fait moyen. Cela ne s’aperçoit pas dans des mots comme ân(e)rie ou pâqu(e)rette, qui n’ont que deux syllabes pour l’oreille; mais les trois degrés différents apparaissent assez bien dans pâme, pâmer et pâmoison, ou dans pâte, pâté et pâtissier ou pâtisserie[70]. On peut dire que ces deux derniers mots, et plus encore pâmoison, ne conservent leur accent circonflexe que par une pure convention, respectueuse de l’étymologie. En revanche, tatillon, qui se rattache à tâter, mais qui a l’a ouvert, n’a jamais eu d’accent. Il en est de même des mots acrimonie, diffamer et infamie, gracieux et gracier, malgré l’accent circonflexe arbitraire que les grammairiens ont mis à âcre, infâme et grâce[71].
Même quand ils n’ont pas d’accent circonflexe, les a qui étaient fermés et longs, étant toniques, s’abrègent bien un peu, mais ne s’ouvrent guère le plus souvent quand ils deviennent prétoniques, c’est-à-dire avant-derniers, comme dans gagner, de gagne, ou quand ils ne sont séparés de la tonique que par un e muet, ce qui est ordinairement la même chose pour l’oreille. Ainsi grasse et grass(e)ment, grave et grav(e)ment ou même accable et accablement[72].
A plus grande distance de la tonique, la voyelle s’ouvre davantage: les a de barricade, de grasseyer, de damnation, de fabuliste, de cadavéreux sont même tout à fait ouverts[73].
Un phénomène pareil se produit même dans des mots composés: l’a fermé et long de passe, déjà un peu flottant dans passant, s’ouvre tout à fait, non seulement dans passementerie, mais même, si l’on veut, dans passeport ou passepoil[74].
Mais voici qui est plus important: certains a toniques fermés s’ouvrent même en devenant prétoniques, comme dans cadran ou classique; ainsi dans flammèche ou enflammer, plus encore dans inflammable et les autres dérivés, ainsi que dans diablesse, diablotin ou endiablé, sauf par emphase. Dans basset, bassesse, basson ou soubassement, l’a paraît avoir aussi tendance à s’ouvrir[75].