[280] Pas davantage dans Antigone, Tisiphone ou Gorgone, qui longtemps eurent l’o long, comme Barcelone.

[281] Tous ces mots ont l’o ouvert dans le Dictionnaire général, ainsi qu’ozone, pour lequel Michaëlis et Passy admettent quatre prononciations différentes.

[282] Outre prône et trône, l’accent s’est mis sur cône et pylône, qui avaient l’o long; quant à aumône qui a perdu son s, son o s’était néanmoins ouvert, mais il est plutôt fermé aujourd’hui. L’o est bref aujourd’hui dans tous les noms propres en -one, même anglais, comme Gladstone ou Folkestone. Corneille ou Racine avaient le droit et le devoir de faire rimer Antigone ou Babylone avec trône; mais dans V. Hugo cela ne rime plus; et sans doute il se croyait autorisé par l’exemple des classiques, en quoi il se trompait radicalement. D’ailleurs il ne distingue pas, et fait constamment rimer trône avec couronne:

Quand il eut bien fait voir l’héritier de ses trônes
Aux vieilles nations comme aux vieilles couronnes,...

rime détestable, qu’on chercherait en vain chez les classiques, et qu’aucune prononciation ne saurait pallier.

Le seul nom propre en -one où l’o soit peut être long sans accent, c’est Hippone, qui est savant. Il est naturellement long dans Bône, Ancône, Rhône et Saône, avec Co(s)ne et Sain-Jean-de-Lo(s)ne, et aussi khitôn et Poseidôn. En revanche, beaucoup de personnes abrègent et ouvrent l’o même dans Mendelssohn, ce qui est encore une erreur, à cause de l’h.

[283] Dans les noms anciens ou étrangers l’o est ouvert: Booz, Badajoz. En France, la finale -oz, comme la finale -az, est assez fréquente dans les noms propres de l’antique pays des Allobroges, Dauphiné, Savoie, Valais. Mais la prononciation locale met plutôt l’accent sur la précédente, ou même la pénultième, selon la règle latine, et la dernière devient à peu près muette. Ainsi Berlioz se prononce berl mouillé (berlye en une syllabe). Le français ne saurait évidemment accepter cette accentuation, et dans le pays même on prononce aussi Berlio, sans articuler le z, et par suite avec o fermé. Cette prononciation aurait dû suffire; mais l’orthographe a réagi sur elle, comme d’habitude, et le z est passé définitivement dans l’usage; seulement le z amène beaucoup de gens à ouvrir l’o, comme dans Booz, malgré le son bien connu des finales en -ose.

[284] De même Médor, Cahors, Niort, Chambord, etc.

[285] Notre et votre ne sont que la forme atone de nôtre et vôtre, qui ont perdu leur s, ainsi qu’apôtre et patenôtre. L’o est également ouvert dans Thémistocle ou Locres, Constantinople ou Christofle, mais fermé dans Le Nôtre.

[286] De même Grenoble et Hanovre, dont l’o s’est également ouvert (comme partout devant v), quoi qu’en disent Michaëlis et Passy. Et c’est tant pis pour les poètes, car pauvre n’a plus de rime, sauf à Marseille.