[506] C’est en effet par le latin que la prononciation des lettres doubles a commencé, au XVIᵉ siècle, pour s’introduire de là dans la langue savante, mais plus tard; pendant longtemps on n’a guère doublé que les r, mais on les doublait beaucoup plus souvent qu’aujourd’hui, et même devant l’e muet, comme on vient de le voir.

[507] J’ai un jour entendu articuler don-ner, et cela est ridicule, assurément; toutefois ce n’est pas une raison pour aller contre l’usage, et le Dictionnaire phonétique de Michaëlis et Passy, aussi bien que le Manuel phonétique de Ch. Nyrop, qui n’admettent presque point de consonnes prononcées doubles, sont certainement en contradiction avec l’usage général pour des centaines de mots.

[508] Pourtant Michaëlis et Passy donnent le choix presque partout.

[509] De même dans Christophe Colom(b), qui est complètement francisé, et dans Dou(bs) ou Dussou(bs).

[510] De même dans le latin ab, et dans les noms propres Moab, Achab, Mab, Caleb, Horeb, Aureng-Zeyb, Sennachérib, Job, Jacob. Même dans ces mots, le b ne se prononçait pas toujours autrefois, ou il se prononçait p, surtout devant une voyelle. Nous verrons en effet, au cours des chapitres suivants, que les muettes sonores finales se sont d’abord assourdies régulièrement, avant de cesser de se prononcer: c’était l’étape naturelle; et nous retrouverons la trace de ce phénomène dans les liaisons.

[511] Quoique cette prononciation ait été correcte jusqu’au milieu du XVIIᵉ siècle, dans tous les mots commençant par abs-, obs-, subs-, où les grammairiens avaient rétabli récemment le b; car, au moyen âge, on écrivait ostiner, oscur, astenir, etc. Le b a toujours été muet dans de(bvoir, où il était absurde, et aussi dans de(b)te, dou(b)ter, pre(bs)tre et d’autres. Il l’est encore dans certains noms propres, devant un v: Fa(b)vier, Lefe(b)vre; mais il tend naturellement à y revivre.

[512] Davantage dans quelques noms propres, Ab-bas et Ab-bassides, Ab-batucci, Ab-bon.

[513] De même Aurillac, Caudebec, Pornic ou Pernambouc.

[514] Les composés bec-d’âne et bec-jaune ont conservé la prononciation sans c, qui était de règle devant une consonne, mais ils s’écrivent plutôt bédâne et béjaune. Le c a revécu dans bec-de-corbin, bec-de-cane, bec-de-lièvre; il s’est toujours prononcé dans bec fin, becfigue (qui est pour bèquefigue) et bec-cornu. Dans pi(c)vert, le c a disparu aussi de l’écriture.

[515] Naturellement, quand Boileau fait rimer estomac avec Sidrac, le c doit sonner.