[564] Cette prononciation de quan(d) est d’ailleurs très ancienne, et quand le d final se prononçait au XVIᵉ siècle, c’est toujours t qu’il se prononçait, la sonore s’assourdissant d’abord avant de s’amuir.
[565] Avec Shetland et Christiansand, Samarkand et Yarkand, Cleveland et Wieland, auxquels il faut joindre George Sand, et les noms géographiques en -land. Mais plusieurs noms en -land peuvent ou doivent se prononcer à la française aussi bien que Gan(d), à savoir Falklan(d), Marylan(d), Cumberlan(d), Northumberlan(d), Jutlan(d), Groënlan(d) en trois syllabes, et Friedlan(d) également en trois syllabes, au moins à Paris (voir plus haut page 78); de plus, Kokan(d), sans compter Rembran(dt), et aussi Witikin(d). On prononce encore le d dans Mahmoud et Laud, mais non dans Bedfor(d), Bradfor(d), Oxfor(d) ou Straffor(d), pas plus que dans lor(d).
[566] Et naturellement dans la plupart des noms propres: Joad, Bagdad, Timgad, Mourad, Alfred, Port-Saïd, le Cid, David, Nemrod et Robin-Hood; Sind, et même Sund et ses composés (soun, en danois); Romuald, Bonald, Brunehild, Rothschild, et les mots en -field; Harold, Hérold et aussi Fould. Mais le d est muet dans Gouno(d), Courajo(d), Grimo(d) de la Reynière, Perno(d), les noms en -auld et -ould, comme La Rochefoucau(ld) ou Arnou(ld), et même Léopol(d). On notera que l’l qui ne se prononce pas dans Arnou(ld) se prononce dans Arnoul. Le d de Madrid peut se prononcer d ou t, ou pas du tout; toutefois Madri(d) paraît tomber en désuétude, comme l’a fait Davi(d), qui fut aussi usité.
[567] C’était presque toujours à la suite de a initial, devant j ou v, où on l’avait rétabli sous prétexte d’étymologie, vraie ou fausse: a(d)journer, a(d)jouter, a(d)veu, a(d)vouer, a(d)vocat, a(d)venture, a(d)vis, etc., et même a(d)miral! Ces d n’ont disparu qu’en 1740, dans la troisième édition du Dictionnaire de l’Académie, sauf ceux que la prononciation avait adoptés mal à propos.
[568] Il est resté à peu près muet dans La(d)vocat et dans Gérar(d)mer, sans parler des mots composés, comme Gran(d)mesnil ou Gran(d)pré. Il sonne dans Mandchourie ou Richardson, Cambodge, Cambridge ou Hudson, mais non dans Milne-Edwar(d)s, ni dans wel(d)t et Barnevel(d)t, ni dans les noms en -dt, comme Cronsta(d)t, Golschmi(d)t ou Humbol(d)t; pour Auerstædt et Hochstedt, on hésite entre le d et le t. On prononce aussi le d dans Madgyar, mais nous écrivons généralement ce mot sans d.
[569] Et dans Ad-da ou Ed-da, Djed-da, et, si l’on veut, Boud-dha, ainsi que dans Ad-dison et Maged-do.
[570] Ce sont précisément les mots en -if, presque tous savants, et où l’f se prononçait, qui ont fait revivre l’f dans les autres mots où il était tombé: d’abord dans les mots en -if non savants, comme jui(f) et sui(f), puis dans les autres, à moins qu’ils n’eussent déjà perdu leur f dans l’écriture, comme apprenti, bailli et clé. Toutefois le rétablissement de cet f final n’est pas encore complètement achevé, comme on va voir. Je ne parle pas des noms propres, où l’f final sonne toujours.
[571] L’f a revécu même dans bief, autrefois bié, et même biez. L’Académie prononce encore éteuf sans f, en 1878! Le mot ne s’emploie plus guère, mais quand on l’emploie, c’est certainement avec un f, puisque c’est par l’œil qu’on le connaît.
[572] Mᵐᵉ Dupuis trouvait déjà dans bœu(fs) et œu(fs) prononcés sans f «une sorte de trivialité qui convient plutôt au langage du peuple». Pourtant ces mots tiennent encore bon, quoi qu’en dise Ch. Nyrop.
[573] Voir ci-dessus, page 91.