I. OI tonique.—Comme l’a final, oi final n’est ni long ni fermé, sans être tout à fait bref, ni tout à fait ouvert, et cela avec ou sans consonne indifféremment, et après un r, aussi bien qu’après une consonne quelconque: un aboi, des abois, pois, poix et poids, je crois, il croit, la croix, effroi, etc.: oît même n’est pas plus long, et ceci rappelle les formes verbales en -ât: tournoi, danois, benoît diffèrent bien peu, s’ils diffèrent[106]. Pourtant oi est ordinairement plus fermé dans les substantifs mois et bois.
Oie même n’est pas plus long aujourd’hui que oi, sauf en vers, pour distinguer les rimes féminines des masculines: cette distinction a disparu de l’usage courant, même dans le mot oie[107].
Harnois a été définitivement remplacé par harnais; pourtant on peut encore prononcer oi à la rime, mais seulement au sens figuré:
Sire, ainsi ces cheveux blanchis sous le harnois,
Ce sang pour vous servir prodigué tant de fois...[108]
Passons à oi suivi d’une consonne articulée.
Devant une sourde, oi s’ouvre et s’abrège comme l’a: coi est à coite, comme délicat à délicate; on ne prononce même plus guère une boîte autrement que il boite. De même soif ou coiffe; et la finale -oisse, de paroisse ou angoisse, autrefois longue, comme sa sœur -aisse, s’est fort abrégée dans l’usage le plus général.
Comme l’a encore, oi est moins bref, mais tout aussi ouvert, devant d, l, n, et gn mouillé: froide, poil, étoile, moine et soigne. Quant à roide et ses dérivés, il faut laisser cette prononciation d’il y a deux siècles à la Comédie-Française, à moins qu’elle ne soit nécessaire dans la lecture pour la rime froide; la seule forme usitée est raide, avec tous ses dérivés, et l’Académie française elle-même n’en connaît pas d’autre depuis un demi-siècle[109].
Comme l’a toujours, oi s’allonge dans -oir ou -oire, sans se fermer sensiblement: vouloir et gloire, devoir et ivoire[110].
Devant une spirante sonore, oi est plutôt moins long que l’a, et surtout il ne se ferme pas comme l’a devant z. Si vois-je est à peu près pareil à rivage, oi est plus ouvert et plus bref dans reçoive que a dans bave ou grave. De même et surtout, si autrefois oi a pu être fermé dans -oise, comme a dans -ase, il n’en reste plus grand’chose aujourd’hui, et il est plus ouvert, quoique plus long, dans les féminins que dans les masculins: bourgeois, bourgeoise; courtois, courtoise; danois, danoise, et de même framboise, turquoise ou apprivoise.
Oi est un peu moins ouvert dans goitre, cloître, croître et ses composés, et poivre; mais même dans -oître, il n’est plus fermé comme a l’est encore dans -âtre.