En somme, on peut dire que oi n’est plus fermé nulle part, et l’accent circonflexe ne joue plus aucun rôle dans la prononciation de cette voyelle[111].
II. Le groupe OIGN.—Nous devons dire un mot, pour terminer, du groupe oign. A l’origine, la graphie de l’n mouillé n’était pas gn, comme aujourd’hui, mais ign[112]. Il en résulte que dans le groupe -oign-, c’est o et non oi qu’on prononçait normalement: beso-igne, ivro-igne, po-ignard. La suppression de l’i a conservé la prononciation d’un certain nombre de ces mots, d’abord besogne et besogner, grogner, ivrogne, rogne, rogner, trogne, trognon, vergogne, et un peu plus tard rognon et cogner ou cognée, avec encognure, qui s’écrit encore trop souvent enco-ignure. Les autres ont gardé leur i, malheureusement, et leur prononciation s’est altérée: encore un des méfaits de l’orthographe! L’hésitation a été longue, mais les efforts des grammairiens n’ont rien obtenu. Il y a beau temps déjà qu’on prononce définitivement oi dans joignons, soigner, éloigner, témoignage[113]. Les autres ont suivi. O(i)gnon seul a résisté victorieusement, et se prononce exclusivement par o: cela tient évidemment à ce qu’il est très populaire et enseigné presque uniquement par l’oreille; oi-gnon est donc ridicule[114]. On prononce encore assez souvent mo(i)gnon, et le peuple dit fort justement po(i)gne et empo(i)gner; mais ceci passe déjà pour familier, ainsi que la foire d’empo(i)gne, ces mots étant d’ailleurs plutôt d’usage populaire. Quant à poi-gnet, poi-gnée, poi-gnard, qui sont d’usage littéraire aussi bien que populaire, et plus encore poi-gnant, qui est plutôt littéraire, on peut dire que leur prononciation est définitivement altérée. Il est assurément fâcheux que l’i de ces mots n’ait pas été supprimé à temps; mais ce qui est fait est fait, à tort ou à raison, et pognard ou pognet sont absolument surannés, au moins dans l’usage des personnes instruites[115].
De ces mots on peut en rapprocher deux ou trois autres. Poireau, dont la forme nouvelle n’est pas expliquée, s’écrivait autrefois porreau, et peut encore s’écrire ainsi et se prononcer de même, du moins au sens propre; mais on prononce toujours oi dans l’expression populaire faire le poireau, ainsi que dans poireau, désignant la décoration du Mérite agricole. D’autre part poitrine et poitrail ne peuvent plus se prononcer correctement par o tout seul[116].
L’anglais boy se prononce boï, mais en une syllabe. Il devrait en être de même dans boycotter; mais le mot est à peu près francisé avec le son oi[117].
II.—LA VOYELLE E
Il ne sera pas question ici de l’e muet proprement dit, qui sera l’objet d’un chapitre spécial, et qui d’ailleurs n’est jamais tonique[118]. Nous parlerons seulement de l’e accentué. Peu importe d’ailleurs qu’il soit ou non surmonté du signe qu’on appelle accent: aimé ou aimer, succès, mortel ou rebelle appartiennent également à ce chapitre[119].
1º L’E final.
En règle générale, l’e tonique est fermé quand il est final, ou suivi d’un e muet, ou d’une consonne qui ne se prononce plus (sauf dans les finales -et et -ès); il est au contraire toujours plus ou moins ouvert quand il est suivi d’une consonne articulée[120]. L’e est donc ouvert en somme dans presque toutes les catégories; mais les catégories, en très petit nombre, où il est fermé, ont beaucoup plus de mots que toutes les autres ensemble.
I. E final fermé.—Les mots qui ont l’e final fermé sont les suivants:
1º La lettre e elle-même et les noms des consonnes b, c, d, g, p, t, v, et les innombrables mots en -é, substantifs, adjectifs, participes: bonté, zélé, aimé, etc., etc.