Il faut y joindre les mots latins, francisés ou non, c’est-à-dire écrits ou non avec l’accent aigu[121]. Par suite vic(e) versa, qu’on entend parfois, est aussi inacceptable que fac-simil(e).

Nous devons parler aussi des mots italiens à e final. Quand nous ne les francisons pas du tout, nous leur conservons l’accent italien, qui est ordinairement sur la pénultième, et nous faisons très peu sentir l’e, comme dans lazarone, cicerone, farniente, sempre, con amore, furia francese, anch’ io son pittore, e pur si muove. D’autres mots sont francisés, mais nous avons pour cela deux méthodes. Ou bien c’est la francisation complète, avec e muet, comme dans dilettant(e), et aussi andant(e), si bien francisé avec e muet, qu’on le prend comme substantif: un andante; on peut y joindre canzon(e), et même vivac(e), qui s’est naturellement confondu avec le français vivace: c’était fatal. Ou bien, et c’est le cas le plus fréquent, nous ne francisons les mots qu’à demi, et c’est alors un e fermé que nous prononçons, comme dans piano forte, cantabile, a piacere, dolce, mezzo-termine. Dans fara da se, l’e est accentué, même en italien[122].

2º A la catégorie de l’e final fermé appartiennent aussi: pied, qui devrait s’écrire et s’est longtemps écrit pié, même en prose, et non pas seulement pour la rime; puis sied et messied, assied et assieds. Mais la prononciation d’assied est moins sûre que celle de pied. Elle paraît flotter entre l’e fermé de pied et l’e ouvert des mots en et. Peut-être est-ce l’s d’assieds qui en est cause; en tout cas l’e d’assieds-toi est plutôt moyen.

Je ne parle pas de clef, qui s’écrit aussi clé.

3º Les innombrables mots en -er, ou -ier, dans lesquels l’r ne se prononce pas: aimer, prier, pommier, meunier, régulier, archer, messager, léger, etc.[123].

4º Les mots en -ez où le z ne se prononce pas, à savoir: les formes verbales de la seconde personne du pluriel, aimez, aimiez, aimeriez; le substantif nez; la préposition chez; l’adverbe assez; enfin l’ancienne préposition lez (près de), des noms de lieux[124].

Il y avait aussi autrefois un adverbe rez (au niveau de), qui était également fermé: il n’existe plus que dans le substantif rez-de-chaussée, où il s’est ouvert et abrégé, en devenant atone[125].

La distinction entre l’e final, qui est fermé, et l’e suivi d’une consonne articulée, qui est ouvert, est si marquée et si constante, que quand les infinitifs en -er (é) se lient avec la voyelle suivante, liaison qui se maintient au moins en vers pour éviter l’hiatus, l’e s’ouvre aussitôt, au moins à moitié: tous les efforts des grammairiens, comme Domergue, pour maintenir l’e fermé, ont échoué. Ainsi dans l’hémistiche pour aller à Paris, avec liaison, l’e est intermédiaire entre l’é fermé d’aller et l’è ouvert de colère. Peut-être aussi l’affaiblissement de l’accent contribue-t-il à cette ouverture.

Les finales masculines en sont fermées en quelque sorte si nécessairement, que même des finales qui furent longtemps ouvertes—par la volonté des grammairiens beaucoup plus que par une tendance naturelle—ont fini par se fermer de nouveau définitivement: ce sont les articles et pronoms monosyllabiques les, des, ces, et mes, tes, ses[126]. A la vérité, beaucoup d’acteurs, de professeurs, d’orateurs, s’efforcent encore d’articuler lès hommes, et essayent de résister à l’usage universel, mais cette prononciation est absolument conventionnelle. Elle est bonne tout au plus dans le chant, qui a des exigences propres: quand on parle, on ne saurait prononcer mes dans mes sœurs autrement que dans mesdames, où il est certainement fermé. Même après un impératif, le pronom les, devenu tonique, est aussi fermé que l’article dans l’usage universel. Sans doute les poètes continuent à faire rimer donne-les avec poulets ou balais, mais c’est affaire à eux, et on ne voit pas pourquoi les aurait deux prononciations, une en prose, une en vers[127].

II. E final ouvert.—Ainsi le français ignore l’e ouvert final. Il y a pourtant, nous l’avons dit, deux exceptions, non pas pour é tout seul, mais pour l’e suivi de consonnes non articulées.