1º Les mots en -et, assez nombreux, avec ou sans s: gibet, cadet, mets, rets, etc. Il faut excepter encore la conjonction et, qui est toujours fermée, mais qui pourtant semble avoir tendance à s’ouvrir par analogie.

L’e est tellement ouvert dans les mots en -et, qu’il ne l’est pas sensiblement plus dans les mots en -êt[128]: benêt et bonnet, foret et forêt riment parfaitement ensemble. Il est, qui a gardé son s, est de la même famille, mais son e est moyen, même quand il est tonique, à fortiori quand il est atone, c’est-à-dire le plus souvent: qu’est-ce que c’est? c’est lui, ainsi dans c’est vrai, est est moins ouvert que vrai.

Fouet s’est longtemps prononcé foi, mais l’orthographe a réagi sur la prononciation.

2º Un certain nombre de mots en -cès, -grès ou -près, dérivés de mots latins en -cessus, -gressus et -pressus, à savoir: décès, procès, abcès, excès et succès; progrès et congrès; près, après, auprès, exprès, et le substantif cyprès[129]. De plus, sans doute par analogie, grès, agrès et très; enfin dès et profès. Tu es a plutôt l’e moyen, un peu plus ouvert dans folle que tu es que dans tu es folle.

La tendance à fermer l’e final est si marquée en français que, même pour ces deux catégories, -et et -ès, dans beaucoup de provinces on ferme l’e, comme dans mes ou les. Cette prononciation, qui n’est pas nouvelle, est peut-être destinée à triompher un jour de nouveau; en attendant, elle est tout à fait vicieuse, et c’est un des défauts dont il faut se garder le plus.

En parlant de l’e fermé, ou plutôt de l’e final, même ouvert, nous n’avons rien dit de la quantité. C’est qu’elle est la même partout: sans être tout à fait bref, l’e final n’est jamais long; comme l’a final, il est moyen partout, dans succès, cabinet ou même forêt, comme dans aimer, aimé ou aimez. La question est donc sans intérêt[130].

Pourtant les finales féminines en -ée et -ées furent jadis et peut-être même devraient être un peu plus longues que les masculines. Elles ont fait comme les finales en -oie, et nous retrouverons le même phénomène dans les finales en -aie, -eue, -ie, -ue, -oue. Dans toutes ces finales, sauf tout au plus les finales en -ie (et encore!), la distinction d’avec la finale masculine a complètement disparu de l’usage courant: elle ne se maintient plus que dans une prononciation très soutenue, et surtout en vers, où le prolongement du son a pour but de faire encore distinguer, s’il est possible, les rimes masculines des rimes féminines. Ce n’est plus qu’un artifice de diction[131].

2º L’E suivi d’une consonne articulée.

Ainsi l’e fermé français n’est jamais long, mais toujours moyen. Au contraire l’e ouvert peut être, suivant les cas, bref, moyen ou long. C’est ce que nous allons voir en étudiant l’e suivi d’une consonne articulée. Cet e, comme nous avons dit, est toujours plus ou moins ouvert[132]. Mais il est surtout beaucoup plus ouvert quand la voyelle est longue que quand elle est brève ou moyenne: ouvert et long sont ici proportionnels[133].

L’ordre adopté pour la voyelle a s’impose également pour l’e.