[618] Mais il n’a pas été toujours aspiré: Scarron le fait toujours muet.
[619] De même dans hoc et même hile: pouvait-on dire l’hile?
[620] Notamment celles de haste, hâtier, hernie, herse et hercheur. Pour certains mots, l’usage a varié. Ainsi Corneille aspire hésiter dans les premières éditions du Menteur, et il n’est pas le seul; Molière aspire hier, et d’autres poètes aussi, jusqu’à Banville (il s’agit naturellement de hier, monosyllabe: voir sur ce point notre article sur les Innovations prosodiques chez Corneille, dans la Revue d’histoire littéraire, 1913).
[621] Car il vient d’octo. Cet h a été mis devant uit, ainsi que devant uile (oléum), uis (ostium) et uître (ostrea), afin de distinguer ces mots de vit, vile, vis, vitre, à l’époque où l’u et le v n’avaient qu’un seul caractère dans l’impression, comme i et j; l’h marquait donc le caractère vocalique de l’u, et n’aspirait nullement ces mots.
[622] On prononce naturellement quatre-vingt-huit comme quatre-vingt-deux, et aussi cent-huit, sans liaison. Mais Scarron dit fort bien, dans Don Japhet d’Arménie:
Mon cousin aux deux mille huitantième degré;
et Mendès fait un vers faux, en même temps qu’une faute d’orthographe, quand il dit à la fin d’Hespérus:
C’était le seize avril mille huit cent soixante.
[623] Le Dictionnaire général oublie l’h aspiré de héraut, comme celui de hersé et hersage; en revanche, il aspire mal à propos celui d’(h)anséatique, d’(h)umus et d’(h)urluberlu.
Il en est des noms propres comme des autres. Ceux qui sont d’origine latine ou grecque ont l’h muet: (H)arpagon, (H)ébé, (H)ébreux, (H)écate, (H)ippolyte, (H)orace, etc. Ceux qui sont d’origine germanique, et ce sont les plus nombreux, sont aspirés la plupart du temps: Habsbourg, Hainaut, Hampshire, Hanovre, Herder, Hollande, etc., etc., et aussi Hottentots, Huns, Hurons, Hurepoix. Il y a cependant une certaine tendance à supprimer leur aspiration. Ainsi l’h est muet dans (H)alifax, (H)amilton, (H)amlet, (H)astings, (H)ausmann, (H)ébrides, (H)écla, (H)ermann, (H)udson; a fortiori dans (H)arcourt, (H)arfleur et (H)onfleur, (H)autpoul, (H)éloïse, (H)enri, (H)érault, (H)ortense (et par suite hortensia), (H)yères, etc., et aussi dans (H)aïti. Il l’a été autrefois dans les expressions: toile d’(H)ollande ou fromage d’(H)ollande, point d’(H)ongrie et eau de la reine d’(H)ongrie; et Corneille écrit même, en prose, guerre d’(H)ollande, campagne d’(H)ollande. Mais cela n’a jamais passé pour nécessaire, et cela serait incorrect aujourd’hui. On ne saurait dire non plus, avec V. Hugo, dans la Marquise Zabeth: