[962] C’est là probablement qu’il faut chercher une explication très naturelle de l’usage que nous faisons de mon, ton, son, au féminin, devant une voyelle. Car dire qu’on voulait éviter l’hiatus de ma âme, sa épée, c’est ne rien dire, et le moyen âge l’évitait tout aussi bien en disant m’âme ou s’épée, procédé dont il nous est resté ma mie, altération de m’amie. Mais la question est de savoir pourquoi on a préféré ce nouveau procédé; et la raison probable, c’est que mon, ton, son, en liaison, même devant des masculins, prennent une forme féminine, qui pouvait aussi bien servir pour les féminins: puisqu’on disait mo-nami comme bo-nami, on pouvait aussi bien dire mo-nâme, comme bonn(e) âme.
[963] La décomposition se fait pourtant dans les mots composés de vin: vinaigre, vinage, vinasse, vinaire, vinification, mais le latin y est pour quelque chose.
[964] La correspondance demanderait eune, qu’on entend dans les campagnes, et qui, au XVIᵉ siècle, était régulier.
[965] Mais si l’on ne dit pas u-nami, ce n’est pas une raison pour dire eu-nami.
[966] Peut-être dira-t-on encore: à eux trois, ils ont vingt et u-nenfants: je ne crois pas qu’on puisse décomposer un ailleurs.
[967] Cf. par exemple cin(q) francs et cinq mai.
[968] De même dans les noms propres comme Bienaimé. Dans le Midi, on pousse la dénasalisation jusqu’au bout: par exemple, on fait rimer de deux syllabes, les savants en us avec anus! On y dit de même a-neffet, a-noutre, et o-nest venu, que préconisait Domergue. On y dit même no-navenu ou no-nactivité; mais en français du Nord, la dénasalisation a les limites que nous avons dites; par exemple, non ne se lie jamais, malgré nonobstant, non plus que la préposition selon.