On ferme encore l’e dans vieille, comme autrefois, au moins dans la conversation.
9º -ège: piège, collège, abrège, et aussi puissé-je et dussé-je, malgré l’accent aigu, qui se conserve par tradition, mais qui ne saurait empêcher l’e de s’ouvrir dans cette finale[166].
On notera en outre que l’e, en s’ouvrant dans la finale -ège, s’est en même temps abrégé, tandis que l’a s’allongeait dans la finale -age. La spirante sonore j se sépare donc ici de ses sœurs v et z[167].
III. E long.—Voici enfin les consonnes qui achèvent d’ouvrir et allongent tout à fait l’e qui les précède. Il n’y en a plus que trois: r, v et z.
1º -er (avec ou sans consonne) et -ère ou -erre: r, fier, tiers et entière, fer, offert et enferre, clerc, nerfs, vénère et tonnerre. Il n’y a qu’une prononciation pour ver, vers, vert et verre; et, de même que pour la finale -ar ou -are, il n’y a aucune exception[168].
Cette prononciation de la finale -er, avec e ouvert et r sonore, est purement française (ou latine); elle n’est la même pour les mots étrangers en -er que quand ils sont francisés ou à peu près. Ainsi l’anglais placer, spencer, tender, porter, reporter, ulster, revolver, au besoin outsider et starter[169]; l’allemand thaler ou bitter[170]; le hollandais stathouder et polder; le danois geyser; le suédois eider, sans compter vétiver, qui vient du tamoul, et messer, qui vient de l’italien. Tous ces mots s’accommodent parfaitement de notre e ouvert, ou même n’en ont plus d’autres chez nous[171].
Au contraire, beaucoup de mots anglais d’usage peu populaire conservent plutôt le son eur ouvert: canter, clipper, coroner, farmer, for ever, globe-trotter, highlander, over-coat et leader, cover-coat, porter, rally-paper, remember, schooner, settler, stepper, walkover, water. Cutter s’est francisé en cotre. Quaker et même bookmaker font entendre quelquefois la finale ècre[172]. Quant à fox-terrier, il est complètement francisé et identifié au français terrier: fox-terrieur est assez ridicule, même chez les personnes qui savent l’anglais.
2º -ève: fève, brève, grève, sève. On notera que les e de bref et de brève sont presque aux deux extrémités[173].
Toutefois les formes verbales, achève, lève, crève et grève, et leurs composés (et par conséquent les substantifs élève et relève), ont l’e plutôt moyen, suivant l’analogie des verbes de même forme: achète, gèle, sème ou égrène, et cela surtout quand ils perdent l’accent, comme dans relève-t-il[174].
3º -èse, -ez et -èze: dièse, obèse, fez, mélèze et trapèze[175]. Toutefois les verbes pèse et empèse ont l’e moyen, comme lève et crève.