En résumé l’e reste bref, ou tout au plus moyen, devant quinze consonnes, sauf les exceptions, et s’allonge devant trois; et plus il est long, plus il s’ouvre.

3º L’E suivi des groupes à liquides.

Les groupes de deux consonnes que terminent des liquides sont encore moins abondants et sont aussi plus réguliers pour e que pour a.

Ceux dont la seconde consonne est un l sont quatre: -èble, -ècle, -èfle, -ègle (-èple n’existe pas), avec six mots en tout: hièble, siècle (et Thècle), nèfle et trèfle, espiègle et règle. Ces mots correspondent exactement, et appartiennent même, si l’on veut, aux finales en -eb, -ec, -ef et -eg, sauf que leur e est un peu moins bref; mais nulle part il n’est long[176].

Parmi les finales dont la seconde consonne est un r, les plus brèves sont -ècre, -èfre et -èpre: exècre et lèpre[177].

Les mots en -èbre, -èdre, -ègre, ont l’e moins bref: moins bref que -eb, -ed, -eg, moins bref aussi que -ècre, -èfre, -èpre, mais non pas long tout à fait pour cela, sauf en vers, bien entendu, où les poètes se plaisent à prolonger la rime funèbres-ténèbres; mais je ne vois pas que, dans la conversation ordinaire, on prononce célèbre, algèbre ou vertèbre autrement que zèbre[178]. Cèdre s’allonge volontiers en poésie; mais en prose l’e de cèdre est aussi moyen que celui des mots géométriques en-èdre, dièdre, trièdre, etc.[179]. Enfin l’e est également moyen dans allègre, nègre, intègre et pègre (haute et basse).

Il ne reste plus dans cette catégorie que les finales en -ètre ou -ettre et en -èvre, les plus abondantes de toutes, et celles où l’e est le plus bref ou le plus long.

L’e est bref dans mettre et lettre et leurs composés; mais je ne vois pas que mètre se prononce autrement que mettre[180]; et les deux e de pénètre sont, si on le veut, presque identiques. Il faut bien allonger urètre quand Victor Hugo le fait rimer avec prêtre; mais en dehors des cas pareils, -ètre doit être tenu pour pareil à -ettre, de même que complète et emplette, épèle et appelle. La seule différence est la faculté qu’ont les mots en -ètre d’allonger leur finale en cas de besoin[181].

Quant aux mots en -èvre, en principe ils ont l’e long, comme les mots en -ève, mais moins sans doute que les mots en -èse. Et il y a des distinctions à faire[182]: orfèvre et lèvre paraissent avoir l’e plus constamment ouvert que les autres; chèvre l’a beaucoup moins, et aussi sèvre, qui a l’e plutôt moyen, comme lève et crève; plèvre est douteux, et aussi les mots en -ièvre: fièvre, lièvre, mièvre et genièvre, du moins en prose, car en vers on tend à les ouvrir[183].

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