2º En revanche, le mot aile s’est allongé, comme elle après une préposition[220]. Le mot aime aussi, du moins à la rime, mais non pas essaime. Et ces finales n’ont pas d’autres mots.

Les finales -aine et -eine sont au contraire très fréquentes, et celles-là, souvent brèves autrefois, sont aujourd’hui plutôt longues, comme celles de beaucoup de mots en -ène: prochaine rime très exactement avec chêne, comme avec chne et Duchesne[221]; de même reine et marraine avec rênes et sirène. Pourtant graine et migraine ont plutôt ai bref ou moyen, et aussi daine (féminin de daim), et bedaine, et peut-être naine[222].

Les finales -air et -aire, -aise et -eize sont longues à fortiori, sans exception, ainsi que le mot glaive[223]. Il n’y a qu’une prononciation pour r, air, ère, hère, erre, aire et haire, et lorsque grammaire avait encore le son nasal, il se confondait avec grand’mère, au moins à partir du XVIIᵉ siècle[224]. De même c’est l’identité de prononciation qui a fait transformer les pantoufles de vair de Cendrillon, qui étaient des pantoufles de fourrure, en absurdes pantoufles de verre.

Il n’y a pas d’avantage de différence possible entre treize, fraise et diérèse, seize, française et diocèse[225].

Les mots faible, aigle et seigle, aigre, vinaigre et maigre ont également la finale longue, plus longue que les mots correspondants en -èble, -ègle et -ègre; toutefois cette quantité ne s’impose ni pour faible ni pour seigle.

Les mots en -aître ont tous l’accent circonflexe[226].

III. AI atone.Ai tonique long et ouvert garde assez facilement sa quantité, à peu près du moins, en devenant atone: frcheur, maigrir, aider, aimer, abaisser, laisser, fraisier, paisible, vous vous tairez, et tous les mots en -airie, rappellent suffisamment frche, maigre, aide, etc.; l’orthographe y aide beaucoup, l’r et l’s encore plus peut-être.

Mais les exceptions sont nombreuses. Dans affai, ai est aussi moyen que dans parfaitement. Même dans g, malgré l’accent circonflexe, ai est à peu près identique à l’e bref, à peine ouvert, de guetter[227]. Ici aussi on peut voir trois degrés différents pour la quantité, par exemple daigne, daigner et dédaigner.

De plus, ai prétonique, comme ê, a une tendance assez marquée à se fermer devant une tonique fermée, mais généralement sans s’abréger; ainsi dans aimer, ai, laisser, saigner, etc., et même dans plaisir, saisir, épaissir, ou dans aigu, laitue, rainure. Il n’y a lieu ni de lutter contre cette tendance, ni de se croire obligé de s’y conformer; mais elle appartient plutôt à la conversation très familière[228].

Mais voici qui est plus particulier. Aujourd’hui encore, ai se réduit à un simple e muet dans les formes de faire et les mots dérivés où ai atone est suivi d’un s: nous faisons, je faisais, nous faisions, faisant, et aussi bienfaisant et malfaisant, faisable et faiseur, qui doivent se prononcer fesais, fesons, etc., en opposition avec bienfaiteur et malfaiteur, où ai est suivi d’un t.