I. EU fermé.—Quand eu est suivi d’une consonne articulée, il est assez généralement ouvert; mais il est encore fermé dans certains cas, et alors il n’est plus moyen, mais long, notamment dans tous les mots en -euse, comme dans les mots en -ase: baigneuse, glaneuse, vareuse, etc.[241]. Ceci est très important, car c’est un des points sur lesquels les prononciations dialectales sont le plus incorrectes, et l’incorrection est bien plus sensible dans -euse que dans -ase.

Outre les mots en -euse, eu tonique avec consonne articulée est encore long et fermé dans les mots suivants:

1º Les onomatopées beugle et meugle; on peut d’ailleurs ouvrir ces mots quand ils riment avec aveugle: cela vaut mieux que de fermer eu dans aveugle.

2º Le mot veule, auquel meule s’est ajouté depuis un siècle, malgré l’étymologie.

3º Le substantif jne, que la prononciation aussi bien que l’accent distingue de l’adjectif, jne ouvert étant tout à fait incorrect. Mais déjeune, qui n’a plus d’accent, est beaucoup moins fermé, et s’ouvre même un peu trop[242].

4º Les mots en -eute et -eutre, contrairement aux principes ordinaires: meute, bleute, etc., et feutre, calfeutre, neutre, pleutre.

5º Un certain nombre de mots savants ou techniques, à finales uniques ou rares: phaleuce, leude, neume et empyreume[243].

II. EU ouvert.—Partout ailleurs eu tonique est ouvert, avec quelques différences de quantité.

Il est bref, ou tout au plus moyen, quand il est suivi d’une consonne autre que r et v, notamment dans les mots en -euf (sauf les exceptions indiquées plus haut): œuf, neuf, veuf[244]; dans les mots en -eul et -eule (sauf meule et veule): seul, filleul, gueule, veulent[245]; enfin dans l’adjectif jeune. Il n’est guère plus long dans peuple, meuble, esteuble, et même aveugle[246].

Les finales mouillées, -euil et -euille, sont un peu moins brèves: deuil et seuil, feuille et veuille. A cette catégorie appartiennent les mots en -cueil et -gueil, où la présence nécessaire d’un u à côté du c ou du g empêche d’en mettre un second après l’e: accueil, écueil, cercueil, orgueil, et aussi le mot œil, qui s’est longtemps écrit ueil[247].