Le groupe eu est depuis longtemps une voyelle simple, ouverte et fermée, dont le son se rapproche de celui qu’a l’e muet quand il n’est pas muet[235].
1º EU final.
Eu final est fermé partout comme é final, et de plus moyen comme toutes les voyelles finales. Il y a d’ailleurs peu de mots en -eu sans consonne à la suite; une dizaine de mots en -ieu: dieu, lieu, pieu, etc., et une douzaine d’autres en -eu: feu, jeu, etc., avec quelques mots en -eue, où l’e muet ne change rien: lieue, banlieue, queue et les féminins feue et bleue[236].
Avec une consonne non articulée à la suite, il y en a davantage et le son eu y est toujours fermé. Ce sont d’abord et surtout les adjectifs et substantifs en -eux, qui sont fort nombreux, sans compter les pluriels comme dieux et bleus[237]. Il y faut joindre les mots suivants:
1º Le mot nœud, qui devrait naturellement s’écrire et s’est longtemps écrit neu, tout simplement, comme nu.
2º Les pluriels œu(fs) et bœu(fs), et aussi le singulier bœu(f), à Paris du moins, dans l’expression carnavalesque bœu(f) gras, où l’f final est muet devant une consonne, suivant la règle d’autrefois[238].
De plus et surtout, malgré l’affaiblissement de l’accent, l’adjectif numéral neuf devant un pluriel commençant par une consonne: les neu(f) muses, neu(f) cents, neu(f) mille, ainsi que dans neuf heures et neuf ans, où il y a seulement liaison, avec changement de l’f en v; toutefois, dans ces deux expressions, eu tend déjà à s’ouvrir[239].
3º Monsieur, comme messieurs, souvenir de l’époque où l’r avait cessé de se prononcer dans tous les mots en -eur[240].
4º Les formes verbales pleut, meux et meut, peux et peut, veux et veut. Cependant veux et veut tendent parfois à s’ouvrir.