L’o atone est exactement dans le même cas que l’a: tandis que l’o tonique peut être long en restant ouvert, l’o atone ne peut être long qu’autant qu’il est fermé, et ce n’est pas très fréquent. Ainsi l’o de dore ou dévore, n’étant pas fermé, s’abrège dans dorer ou dévorer.

L’o reste long pourtant, d’abord quand il conserve sur la prétonique l’accent circonflexe de la tonique: enjôler, enrôler (ou enrôlement), frôler, chômer, prôner, trôner, aumônier, ôter, cô, hôtel, prévô, rappellent sensiblement geôle, rôle, prône, trône, etc., quoique l’accent circonflexe ne soit pas toujours justifié[287].

La prononciation de coteau, dérivé de côte, comme côté, a quelque chose d’irrégulier, car l’o de ce mot est tout à fait bref et ouvert; aussi a-t-il perdu son accent. Il est vrai que beaucoup de gens ouvrent aussi celui de cô (cf. accoter); et même il est assez rare qu’on maintienne fermé celui de côtelette, qui n’a pourtant que deux syllabes pour l’oreille.

A plus forte raison, quand l’accent circonflexe est plus éloigné, l’o reste difficilement fermé: il peut l’être dans fantômatique, qui est savant, et d’ailleurs fort peu usité, et aussi dans Hôtel-Dieu, car hôtel ne peut y changer de nature; mais l’accent d’hôpital, qui est le même mot qu’hôtel, ne sert plus absolument à rien[288].

On ouvre aussi assez généralement l’o de rôtir et de ses dérivés.

Même sans accent circonflexe, l’o reste ordinairement fermé et long dans ossements ou désosser[289]; dans dossier, adosser, endosser; dans grosseur, grossir ou grossier; dans fossé[290].

L’o est surtout fermé devant s doux ou z: oseille, groseille, osier, gosier, égosille, rosier, rosée, arrosoir, explosif, corrosif, et tous les verbes en -oser, avec les substantifs en -osion et même -osité, comme arroser, érosion ou générosité[291]. Il est moins fermé dans les mots en -osition, notamment dans préposition. Il est naturellement plus ouvert dans hosanna, mosaïque et prosaïque, et tous les mots qui commencent par pros-, ou même plus généralement par pro-.

L’o prétonique est encore fermé dans momier, momerie et momie, et dans les mots en -otion: lotion, émotion, notion, potion, dévotion[292]. Il est encore à peu près fermé, mais avec tendance à s’ouvrir, dans obus et odeur, et il s’ouvre naturellement dans leurs dérivés, qui sont polysyllabiques. Il est douteux et plutôt ouvert dans toper, dans vomir et ses dérivés, dans à l’orée, dans motus.

Malgré l’étymologie, l’o est tout à fait ouvert et bref dans disponible et poney[293]; de même dans moteur et motrice; il l’est surtout dans les verbes en -orer, et dans les dérivés des mots en -ot, suivant l’analogie des mots en -ote: cahoter, saboter, tricoter, flotter, voter ou votif, et même numéroter; de même abricotier ou idiotisme, tout comme escroquer ou galoper; et encore, peut-être par analogie, malotru ou otage.

Beaucoup de Parisiens ferment l’o dans ovale, mais ceci est purement dialectal, car o est ouvert partout devant v, comme devant r (à part alcôve, bien entendu).