III. O ouvert moyen.—L’o est un peu moins bref devant une sonore, soit explosive, b, d, g, soit surtout spirante, j, v (et même parfois z), et devant l, m, n, et gn mouillé: ainsi snob et robe, pagode ou rapsode, grog et drogue; puis col, école, décolle, et même alc(o)ol, réduit à deux syllabes[271]; homme et métronome; micron, matrone et patronne; enfin, horloge, innove et ivrogne[272].
Seules les finales -ome, -one et -oz appellent quelques observations.
1º Autrefois on distinguait les finales -omme et -ome: les mots en -omme, mots de la langue commune, qui sont bien huit ou dix, avaient seuls l’o ouvert[273]; les mots en -ome, mots savants, avaient au contraire l’o fermé, au moins à partir du XVIIᵉ siècle. Cette prononciation était justifiée dans beaucoup de cas par l’étymologie, notamment dans symptôme et diplôme, qui ont pris l’accent; dans idiome et axiome, qui ne l’ont pas pris, et aussi dans brome, chrome, amome, gnome et arome. Est-ce par analogie que tant d’autres suivirent? Toujours est-il que prodrome et hippodrome, tome, atome ou épitome (remplacé depuis par épitomé), nome, économe, et même astronome, et aussi majordome, n’avaient aucune raison de fermer leur o[274]. Ils le fermèrent pourtant, sans doute en qualité de mots savants. Que dis-je? On en vit deux, à o également bref d’origine, qui allèrent jusqu’à prendre l’accent circonflexe: dôme et monôme, avec binôme et polynôme[275]. Ceux-là sont altérés pour longtemps par l’orthographe. Pour les autres, on est revenu en arrière, mais on y a mis le temps, et il en reste encore quelque chose.
Quoiqu’il n’y ait plus guère de divergence sur la prononciation de métronome, astronome, autonome, qui ont certainement l’o ouvert, on trouverait sans peine des vieillards qui ferment encore l’o dans économe; et l’on hésite souvent sur les autres[276]. La tendance à ouvrir est cependant très marquée; et même on voit se produire depuis une génération le phénomène inverse: on avait fermé des o légitimement ouverts; on a ouvert des o légitimement fermés. Amome, ou du moins cinnamome, ne se dit plus guère avec o fermé[277]; gnome et arome ouvrent leur o de plus en plus souvent, et polychrome encore davantage. Je ne vois guère, sans accent circonflexe, que idiome et axiome qui résistent avec succès; et encore ils sont certainement touchés[278].
2º C’est une observation toute pareille qu’on peut faire sur les mots en -one, mots savants ou noms propres, qui autrefois avaient l’o long et fermé, par opposition aux mots en -onne, mots de la langue vulgaire, qui l’avaient bref et ouvert. Ici aussi, l’o fermé pouvait se comprendre dans des mots comme carbone, aphone, polygone, anémone, matrone, mots savants où se conservait la quantité étymologique[279]; ou encore dans automne, autrefois nasal, comme damne; il ne s’expliquait ni dans madone ou belladone, de l’italien donna, ni, et moins encore, dans atone ou autochtone, et pas davantage dans prône et trône, qui ont imité dôme et monôme[280]. Aujourd’hui, à part les mots que l’orthographe a altérés, prône et trône, cette prononciation a disparu à peu près, par assimilation de -one à -onne: sans parler d’anémone et matrone, qu’on ne discute pas, atone ne saurait garder l’o fermé à côté de monotone, ni aphone à côté de téléphone ou saxophone. Carbone et les termes mathématiques de la famille de polygone résistent encore, mais pas pour longtemps[281]. Je ne vois plus avec o long fermé d’une façon assez générale que zone et amazone, cyclone et icone; encore ces mots sont-ils atteints, surtout amazone[282].
3º Pour ce qui est de l’s doux, nous avons vu plus haut que les mots en -ose avaient l’o fermé. Comme il n’y a pas de finale féminine en -oze, il ne reste que les mots en -oz, sur lesquels l’accord n’est pas parfait; mais cette finale appartient exclusivement aux noms propres[283].
IV. O ouvert long.—De même que a, e et eu devant r, l’o est allongé dans -or (avec ou sans seconde consonne non articulée) et dans -ore (ou -orre), tout en restant très ouvert sans exception: or et hors, abord et abhorre, cor, corps, recors, accord, encor et encore, porc, port et pore, tord, tords, tort, retors, store et mentor, ne se prononcent pas de deux manières[284].
3º L’O suivi de groupes à liquides.
Dans les groupes à liquides, l’o est également ouvert. Il est plus ou moins bref ou moyen dans les finales en -ocle et -ocre, -ople et -opre, -otre, -ofle et -ofre, où l’o est suivi d’une sourde: socle et médiocre, sinople et propre, notre et votre, girofle et coffre[285]; il est un peu plus long dans les finales en -oble, -obre et -ogre: noble, sobre, ogre[286].