Il en est de même quand il y a une consonne non articulée: faux, défaut, échafaud, avec cette différence que -aut (ou -aud) est un peu plus long et surtout plus fermé que -ot[302].
Devant une consonne articulée, tandis que les groupes oi ou ai sont toujours ou presque toujours ouverts, et souvent brefs, comme a ou e, au contraire le groupe au est régulièrement et très également fermé et long comme ô: aube, débauche, émeraude, chauffe, gaufre, sauge, saule, baume, faune, taupe, rauque, cause, fausse et sauce, faute et pauvre.
On ouvre quelquefois sauf, qui devient bref, surtout employé comme préposition, et aussi holocauste, en vertu du principe général des deux consonnes[303].
Mais l’exception capitale, c’est la finale -aur ou -aure: au y est toujours long, plus long que jamais, mais il y est ouvert autant et plus que fermé, car c’est le propre de l’r d’ouvrir les voyelles.
Ainsi au est ouvert d’abord dans saur, qui est pour sor (comme Paul pour Pol), et dans taure, qui est aussi pour tore (comme taureau est pour toreau), car au n’est dans ces mots que par réaction étymologique[304].
Et partout le groupe latin aur serait devenu or si on l’avait laissé faire, ce qui veut dire aussi que partout aur se prononcerait or ouvert, si l’érudition ne maintenait parfois le son o fermé. Ainsi l’usage le plus ordinaire ouvre la finale de centaure et Minotaure, proches parents de taure, et que les érudits seuls continuent à fermer, et plus encore celle de restaure, sur qui l’érudition n’a pas de prise. La finale -aure s’ouvre même dans des termes techniques, comme ichtyosaure ou plésiosaure[305].
II. AU atone.—Au atone est généralement fermé aussi, surtout quand il est prétonique, sauf devant un r: aubépine, auberge, audace, autel, etc., cauchois, caution, clabauder, chauffer, chausser, faussaire, mauviette, peaussier, etc., et les finales en -auté: cruauté, loyauté. Il est fermé même dans saurien, tauromachie et centaurée, malgré l’r, parce que ce sont des mots savants, et aussi dans vaurien, où le verbe primitif se reconnaît toujours.
Mais les exceptions sont fort nombreuses.
Au atone est ouvert d’abord devant un r, dans taureau, comme on vient de voir, et sauret; généralement aussi dans les futurs et conditionnels d’avoir et savoir[306]; dans aurore, auréole, aurifère ou aurifier[307]; et tout au plus est-il douteux dans laurier (pour lorier), lauréat, lauréole.
En second lieu il tend naturellement à s’ouvrir devant deux consonnes, non seulement dans augment et augmenter, où le phénomène est général, mais souvent aussi dans des mots comme ausculter ou auxiliaire, où il s’impose beaucoup moins, et même dans des mots où il est prétonique: auspice, austère, austral, cauch(e)mar ou encaustique.