Il s’est même ouvert sensiblement aussi devant une seule consonne, dans autoriser et autorité (mais non dans auteur), et surtout dans mauvais, sans parler de rigaudon, qui s’écrit aussi rigodon. D’une façon générale, il tend à s’ouvrir dans quelques mots très usités, d’abord dans les polysyllabes, authentique, automate, autonome, autopsie, cautériser, et aussi dans aumône, où il se distingue ainsi de l’ô qui suit, dans auguste, automne, épaulette (malgré épaule), paupière, ou même naufrage. Toutefois on prononce encore la plupart de ces mots plus correctement en fermant au, aussi bien que dans aujourd’hui, où il est tout à fait incorrect de l’ouvrir[308].
La diphtongue allemande au se prononce comme o fermé quand elle se francise: blockaus[309].
V.—LES VOYELLES I (y), U, OU.
Les voyelles i, u, ou, étant fermées par définition, ne se prononcent pas de deux manières. Les instruments délicats de la phonétique expérimentale constatent bien une petite différence de timbre, mais encore n’est-ce guère qu’entre les voyelles atones et les toniques, celles-ci étant un peu plus fermées[310].
Au point de vue de la quantité, nous ferons les mêmes distinctions que pour les autres voyelles.
1º La voyelle I.
L’i final est moyen, seul ou avec consonne non articulée, avec ou sans accent: hardi, crédit, rendit ou rendît, radis, outil, crucifix, riz, jury, Jésus-Christ ont la finale identique. Pis, adverbe, est un peu plus long. D’autre part, dans ui final, la brièveté du premier élément paraît allonger le second: appui, minuit, muid[311].
Parmi les voyelles finales qui peuvent être suivies de l’e muet, l’i se distingue particulièrement, au moins en vers, parce que là ie devient facilement i-ye, et se trouve, par suite, singulièrement allongé:
Adieu: je vais traîner une mourante vi-ye,
Tant que par ta poursuite elle me soit ravi-ye[312].
Mais il y a quelque affectation à prononcer ainsi: il faut laisser cela aux chanteurs. En tout cas, on ne le fait jamais dans l’usage courant, où il est difficile de distinguer par exemple: elle est partie ce matin, de il est parti ce matin, ou mon amie est venue de mon ami est venu. On maintient sans doute une légère différence quand on rapproche un masculin d’un féminin: un ami, une amie, et ce n’est pas grand’chose[313].