Devant la plupart des consonnes articulées, l’i est bref ou moyen: trafic et trafique, pipe, huit, profite et fîtes; riche, captif et calife; vice, visse et vis[314]; diatribe, aride et fatigue; habile, anime, fîmes et cabine. Il est plus long devant g et n mouillé: vertige et indigne; plus encore devant r, s doux et v: rire, mourir, finirent, merise et arrive. Mais surtout, contrairement aux cas des autres voyelles, la finale mouillée -ille, autrefois brève, quand on connaissait l’l mouillé, est devenue longue, depuis qu’on la prononce i-ye.

Même gradation de quantité dans cycle, disciple, gifle, litre et chiffre; libre, hydre, tigre et vivre.

Huile a encore l’i un peu plus long qu’habile, peut-être à cause du groupe ui; mais l’accent circonflexe ne sert plus à rien, non seulement dans les prétérits, fîmes ou fîtes, pareils à tous les prétérits, mais aussi bien dans île, huître, épître et bélître, et souvent même dans dîne. La prononciation oratoire ou poétique appuie également sur abîme et sublime: on voit que l’accent circonflexe n’y est pour rien. On appuie de même sur fils en poésie, et sur bis, mais seulement quand on applaudit.

L’i atone est rarement long; tout au plus est-il moins bref quand il est suivi d’un s doux, comme dans les verbes en -iser. Pourtant l’i long de pire se conserve exceptionnellement dans empirer, contrairement à l’usage des verbes en -rer, qui ont presque tous la prétonique brève, comme admirer.

L’i est également long dans les verbes en -i-er, à l’imparfait et au subjonctif présents, devant les finales -ions et -iez: pri-ions, pri-iez; c’est la seule manière de distinguer ces formes de celles de l’indicatif présent. En fait, on prononce presque priy-yons; mais le nombre des syllabes n’est pas augmenté pour cela[315].

L’i final avec tréma fait une syllabe à part en français: ha-ï, oue; mais, dans certains mots étrangers, comme le japonais banzaï ou samouraï, il vaut mieux considérer ou comme des diphtongues, où le tréma sert uniquement à empêcher de prononcer ai (è) ou oi (wa) à la française, sans pour cela séparer l’i[316].

2º L’I dans les mots étrangers.

L’i anglais se prononce i dans gin, miss et mistress (missess), dans clipper, pickles (ess) et cricket, dans gipsy, whisky et whig, dans bridge, dans les mots en -ing, etc. D’autre part, on francise encore assez généralement esquire (ki) et rifle, et surtout outsider. Enfin, beaucoup de personnes prononcent encore flirt par i, aussi bien que par eu ouvert, d’autant plus que de flirt nous avons fait flirter: toutefois, la diffusion progressive de l’anglais tend à faire prévaloir fleurte et même fleurter, ce qui est presque aussi absurde qu’interviouver[317].

Mais il y a beaucoup d’autres mots qui ne sauraient être francisés, et on doit se résoudre à donner à l’i de ces mots un son intermédiaire entre (ou aye) et , notamment dans all ri(gh)t (olraït en deux syllabes), ri(gh)t man at the ri(gh)t place (atzéraïtplèce), hi(gh)life ou hi(gh)lander, times (taïms) et time is money, ou five o’clock[318]. Pourtant rien n’empêche un fantaisiste de s’amuser à faire rimer high life (iglife) avec hiéroglyphe. On peut même se demander si, avec toutes les Chapelleries, Draperies ou Épiceries du high life qu’on trouve partout maintenant, l’obligation d’employer ce mot, imposée à tant de gens qui ne savent pas l’anglais, n’arrivera pas à le franciser tel quel à bref délai.

L’y final, ou intérieur, devant une consonne, n’existe plus en français que dans des noms propres, et naturellement se prononce i. L’y final anglais se prononce i ou e; mais beaucoup de mots en y sont suffisamment francisés pour que ceux qui ne savent pas l’anglais puissent prononcer un i indifféremment et sans scrupule dans brandy, lady, penny, nursery, tilbury, dandy, whisky, tory, gipsy, derby, gentry, garden-party, et clergyman; on prononcera de préférence dans dry farming, et cross-country se prononce keuntré[319].