VI.—LES VOYELLES NASALES
1º Comment se prononcent et s’écrivent les voyelles nasales.
Quand la consonne n (ou m) est entre deux voyelles, elle se groupe naturellement avec la voyelle qui suit, et celle qui précède reste pure. Mais quand elle s’est trouvée placée dans les mots français à la suite d’une voyelle, devant une consonne autre que m ou n, ou à la fin d’un mot, la voyelle s’est d’abord nasalisée, puis l’n (ou l’m) a peu à peu cessé de se faire entendre (sauf dans le Midi). Il s’est maintenu toutefois dans l’orthographe, comme signe de la nasalisation de la voyelle qui précède: ange, chambre, pin. Ainsi il n’y a plus que trois sons dans enfant, qui en avait six autrefois.
Cette conservation de l’n comme signe orthographique n’est pas sans inconvénient, car on ne sait pas toujours dans quels cas l’n est une consonne, ou un simple signe de nasalisation.
Pas plus que les voyelles fermées, les voyelles nasales ne peuvent se prononcer de deux manières. Une seule différence est à faire, pour la quantité. Quand elles sont finales, elles sont moyennes, comme toutes les autres voyelles: roman, chemin, mouton, aucun; quand elles sont suivies d’une consonne articulée, elles s’allongent très sensiblement, surtout si elles sont toniques: romance, bon-sens, mince, tondre, emprunte; quand elles sont atones, elles sont moins longues: on peut comparer rang, range, et ranger, qui est entre les deux; de même long, longue et longer.
Il y a en français quatre nasales, c’est-à-dire quatre sons distincts qui ne sauraient se confondre; mais un même son nasal peut s’écrire de plusieurs façons. Outre que en se prononce tantôt an, tantôt in, que ain et ein ont le même son que in, il faut ajouter à cela la différence de l’m et de l’n; et si l’on tient compte, en outre, des consonnes non articulées, on obtient pour chacun des quatre sons un très grand nombre de graphies, que l’orthographe a conservées, à propos ou hors de propos.
Pour la voyelle an, voici d’abord roman, amant, flamand, camp, franc, rang, et naturellement leurs pluriels; puis Rouen, différent, différend, hareng, et leurs pluriels; de plus ambition, emmener, temps, exempt ou exempte, sans compter Jean, Caen, Laon, hanter et Henri, ce qui fait bien trente manières d’écrire le seul et unique son an.
Il n’y en a pas moins pour la voyelle in: voici d’abord vin, vins, prévint, vingt, et quatre-vingts, instinct, et même cinq, dans cinq sous; puis sain, saint, sein, seing, essaim, et leurs pluriels, feint, thym, avec vainc et vaincs; de plus, examen, viens et vient; sans compter limpide, syntaxe et Reims; et j’en passe peut-être. Et encore faut-il considérer à part soin ou marsouin, point, poing, et leurs pluriels.
La voyelle on se trouve à son tour dans chiffon, profond, affront, jonc, long, nom, plomb, prompt, et leurs pluriels, et dans romps, sans compter punch; la voyelle un, dans tribun, défunt, parfum, et leurs pluriels, et dans à jeun ou Jean de Meung.
Mais l’n et l’m ne s’emploient pas indifféremment: l’m ne fait généralement que remplacer l’n dans certains cas. En principe, l’m ne peut terminer une nasale qu’à l’intérieur des mots, devant une labiale, b ou p, ou dans le préfixe -em (pour en-) suivi d’un m. Le phénomène se produit même dans des syllabes masculines finales: camp, champ, exempt et temps, plomb, prompt et rompt, ou romps[334].