Quand Mathias livre Ancône au sabre du uhlan[398].
Ce mot est donc traité comme s’il avait un h aspiré sans qu’on sache pourquoi (en allemand: ulan).
Nous venons d’examiner les cas où l’e muet ne s’élide pas devant une voyelle. Il y en a un où il s’élide encore en réalité devant une voyelle, mais en apparence devant une consonne: c’est quand on désigne par leurs noms les sept consonnes dont l’articulation est précédée d’un e: l’f, l’h, l’l, l’m, l’r, l’s, l’x, plein d’m, beaucoup d’r, etc.; mais on dira au contraire suivi ou précédé de r ou s, comme de a ou i, parce que les lettres sont ici comme des mots qu’on cite; de même je crois que r ou s..., comme je crois que a..., ou je dis que x....
2º La prétendue loi des trois consonnes.
Ces questions étant éliminées, arrivons au vrai sujet, l’e muet.
Sur ce point, un certain nombre de philologues font grand état, depuis une vingtaine d’années, d’une prétendue loi des trois consonnes, qui dominerait toute la question de l’e muet; cette loi peut se formuler ainsi:
Lorsqu’il n’y a que deux consonnes entre deux voyelles non caduques, elles ne sont jamais séparées par un e muet; mais lorsqu’il y en a trois ou plus, il reste (ou il s’intercale) un e muet après la seconde, et de deux en deux, s’il y a lieu[399]. Ainsi la f’nêtre, mais un’ fenêtre, et qu’est-c’ que j’ te disais.
A vrai dire, l’auteur commence par déclarer que sa «loi» ne vaut, à Paris, que «pour le français de la bonne conversation», et non pour «le parler populaire», et il oppose ça ne m’ fait rien, qui est, dit-il, populaire, à ça n’ me fait rien. Mais alors on se demande ce que c’est qu’une loi phonétique régissant un parler qui doit avoir, qui ne peut pas ne pas avoir quelque chose d’artificiel, au moins sur certains points, et à laquelle se dérobe précisément le parler le plus naturel, le plus spontané, celui qui, en principe, obéit le plus rigoureusement aux lois phonétiques. D’autre part, on se demande en quoi veux-tu te l’ver est plus populaire et de moins «bonne conversation» que veux-tu t’lever? Et moi-même, ai-je dit on se d’mande ou on s’ demande? L’auteur traite ici les monosyllabes absolument comme les autres e muets, ce qui est une grave erreur. Il reconnaît d’ailleurs plus loin que les monosyllabes mettent à chaque instant sa «loi» en défaut.
Mais, même à l’intérieur des mots, «sa loi» n’est pas plus sûre, et il doit reconnaître que les liquides, l et r, y font de perpétuels accrocs.
D’abord les groupes de trois consonnes ne sont pas rares, quand la seconde est une muette ou explosive (b, c, d, g, t, p), ou une fricative (f, v), suivie d’une liquide, l ou r, ces groupes étant presque aussi faciles à prononcer qu’une consonne seule: arbre, ordre, pourpre, tertre, astre, terrestre, etc. Ils ne sont guère plus rares quand la seconde consonne est un s: lorsque, obscur, texte (tecste) ou expédier. On peut même avoir quatre consonnes consécutives, si les deux conditions sont réalisées simultanément, comme dans abstrait, extrême ou exprimer. Et jamais on n’a éprouvé le besoin d’intercaler un e muet après la seconde ou la troisième consonne de ast(e)ral ou abst(e)rait, pas plus que dans un’ planche.