Le même phénomène se produit avec la finale -erie précédée d’une voyelle: soi(e)rie, qui a gardé son e, se prononce comme voirie ou plaidoirie, qui ont perdu le leur; sci(e)rie est identique à Syrie, et l’u est à peu près le même dans furie, qui n’a jamais eu d’e, tu(e)rie, qui a gardé le sien, ou écurie, qui l’a perdu[412].

Enfin, le cas est encore le même dans les futurs et conditionnels des verbes en -ier et -yer, ceux-ci changeant régulièrement leur y en i devant l’e muet: j’étudi(e)rai, je balai(e)rai, j’aboi(e)rai, j’appui(e)rai. Tout au plus y a-t-il ici cette différence, que l’e, qui ne peut pas disparaître, allonge assez facilement la voyelle précédente, surtout dans les mots de deux syllabes: je pai(e)rai, je ne ni(e)rai pas; dans les autres, l’allongement tend aussi à disparaître.

Les verbes en -ayer ou -eyer, quelques-uns du moins, ont gardé la faculté de conserver leur y dans les mêmes temps, et aussi au présent, je pay(e), je pay(e)rai. En ce cas, on entend une consonne de plus, le yod, comme dans sommeil et sommeil(le)rai; mais on n’entend pas davantage l’e muet[413]. Cette faculté est complètement perdue pour les verbes en -oyer: flamboyent, qu’on trouve dans Leconte de Lisle, en trois syllabes:

Au fond de l’antre creux flamboyent quatre souches,

est presque un barbarisme[414]. De telles formes ne valent pas mieux que soyent ou ayent, qu’on entend parfois dans le peuple[415].

II. Entre consonne et voyelle.—Entre une consonne et une voyelle, comme devant une voyelle en tête du mot, l’e muet n’est plus qu’un résidu inutile d’anciennes diphtongues, conservé malencontreusement dans quelques formes du verbe avoir: (e)u, j’(e)us, j’(e)usse, dans ass(e)oir, dans à j(e)un[416].

Il en est de même dans le groupe eau: (e)au, tomb(e)au, ép(e)autre, etc.[417].

Ou bien l’e muet n’est qu’un simple signe orthographique destiné à donner à la gutturale douce g, devant les voyelles a, o, u, le son qu’elle a normalement devant e et i, c’est-à-dire celui de la spirante palatale douce, j: mang(e)a, g(e)ai, afflig(e)ant, g(e)ôlier, pig(e)on, gag(e)ure[418].

III. Entre deux consonnes.—Entre deux consonnes, dont la première peut être indifféremment simple ou double, l’e muet tombe régulièrement, à condition que les consonnes ainsi rapprochées puissent s’appuyer sur deux voyelles non caduques, une devant, une derrière; ainsi dans ruiss’ler ou chanc’ler, aussi bien que dans app’ler ou ép’ler (où pl font un groupe naturel); de même dans gab’gie, épanch’ment[419], command’rie, échauff’ment, jug’ment, longu’ment, mul’tier, raill’rie, parfum’rie, ân’rie, group’ment, craqu’ment, dur’té, honnêt’ment, naïv’té, et même lay’tier, aussi bien que dans prud’rie, moqu’rie ou pot’rie[420].

On voit qu’il n’est pas du tout nécessaire qu’il y ait affinité entre les consonnes[421]. Mieux encore: l’e muet tombe aussi, comme entre deux mots, même si les consonnes sont identiques: honnêt’té, là-d’dans, extrêm’ment, verr’rie, trésor’rie, serrur’rie[422]. Quelques personnes répugnent à laisser tomber l’e après gn mouillé; mais c’est une erreur: renseign’ra ou renseign’ment se prononcent comme pill’ra ou habill’ment, car la difficulté n’est pas plus grande.