En outre, à ces voyelles, qui sont dites orales, parce que l’air expiré passe uniquement par la bouche, on doit en ajouter d’autres, dites nasales, parce que l’air expiré passe par le nez en même temps que par la bouche. Elles sont quatre, an, in, on, un, qui n’ont rien de commun avec des diphtongues, et elles correspondent, non pas, comme l’indique l’orthographe, aux voyelles a, i, o, u, mais à peu près aux quatre voyelles ouvertes a, è, o, eu: on peut s’en rendre compte aisément, en passant de chacune de ces voyelles à la nasale correspondante. Et ce sont bien des voyelles simples: l’n n’est ici qu’un signe orthographique, qui, entendu autrefois, ne s’entend plus aujourd’hui en aucune façon, sauf dans le Midi, naturellement. Et cela fait seize voyelles.

En fait, il y en a bien davantage encore, et voici pourquoi. Sans doute une voyelle est fermée ou ne l’est pas, et pratiquement on ne voit pas qu’elle ait deux manières d’être fermée. Or, quand elle n’est pas fermée, elle est ouverte; mais c’est ici qu’il y a bien des degrés. L’e de périr a beau avoir le même accent aigu que celui de trompé, celui de trompé seul est fermé, et celui de périr est incontestablement ouvert, mais il l’est sensiblement moins que celui de père. On pourrait même dire qu’il y mathématiquement une infinité de degrés dans l’ouverture d’un son quelconque. Sans entrer dans des distinctions scientifiques qui n’ont point d’intérêt pratique, on peut dire que l’é de périr, démontre, prépare, etc., est moyen, étant à égale distance de l’é fermé de trompé et de l’e tout à fait ouvert de père, souvent même plus près du second que du premier. De même il y a un o moyen, un eu moyen, et si les voyelles i, u, ou, ne sauraient être moyennes, étant toujours fermées, à l’autre bout il peut encore y avoir un a moyen.

Ce mot moyen a malheureusement un inconvénient: il est nécessaire par ailleurs pour caractériser la quantité des voyelles qui ne sont ni longues ni brèves. Nous veillerons donc à ce qu’aucune confusion ne puisse se produire dans l’esprit du lecteur entre ces deux sens, concernant le timbre et la quantité. Par exemple, en parlant du timbre, comme la caractéristique d’un son tel que l’é de périr est avant tout de n’être pas fermé, malgré son accent aigu, nous le qualifierons à l’occasion d’e légèrement ouvert ou à demi ouvert, quand il faudra le comparer à l’è grave, qui l’est tout à fait.

Ainsi nous nous en tiendrons à notre tableau des voyelles, qui peut suffire. On remarquera que trois d’entre elles sont écrites avec deux lettres. Ce furent jadis des diphtongues; mais il y a longtemps que ce n’en sont plus. L’orthographe a conservé le signe double, justifié autrefois, mais l’orthographe n’y change rien, et ce sont des voyelles. Mieux vaudrait assurément que chaque voyelle eût un signe propre, ou du moins qu’il y en eût un spécial pour eu, ouvert ou fermé, et un autre pour ou: nous n’avons pas cru devoir, dans un livre de vulgarisation, choquer les habitudes du lecteur par l’usage de signes phonétiques peu usités, et nous avons conservé l’orthographe courante.

Il y a encore en français d’autres groupes de signes qui furent aussi jadis des diphtongues et depuis longtemps n’en sont plus, et que nous avons conservés tels quels: ai, ei, au, et aussi le groupe oi, sans parler d’œ et æ, qui furent diphtongues aussi, mais en latin. Ces groupes ne figurent pas dans le tableau, parce qu’ils y feraient double emploi; ils seront étudiés à la suite des voyelles simples auxquelles ils sont apparentés.

Classification des consonnes.

Même en laissant de côté les semi-voyelles, nous avons dix-huit consonnes simples.

1º Six muettes: b, c, d, g, p, t, ainsi nommées parce qu’elles ne se font sentir réellement qu’avec l’aide d’une voyelle[17]. On les appelle aussi momentanées, pour la brièveté de leur émission, et aussi explosives ou occlusives, parce qu’elles produisent une explosion plus ou moins brusque, après occlusion momentanée des organes de la parole.

Les muettes sont labiales, si la fermeture est faite par les lèvres: b, p; dentales, si elle est faite par la langue appuyée contre les dents: d, t; gutturales ou palatales, si elle est faite par la langue appuyée contre le haut du palais, plus ou moins près de la gorge: c, g. Mais surtout on les divise en deux catégories:

Les muettes fortes, ou explosives sourdes, qui ne sont accompagnées d’aucune résonance, et qu’on peut appeler brusques; on les reconnaît dans pa, ta, ca, ou ap, at, ac;