Les poètes admettent encore les diphtongue ions et iez dans les imparfaits et les conditionnels, mais point ailleurs: ils distinguent ainsi les imparfaits alliez, mandiez, des présents alli-ez, mendi-ez, etc., les imparfaits portions, inventions, etc., des substantifs porti-ons, inventi-ons[461].

En dehors de ces cas, les diphtongues sont rares chez eux: les groupes ia, io, iu, fournissent à peine quelques exceptions courantes, comme diable ou pioche; de même les autre groupes, commençant par u et ou: ainsi dgne et oui.

Nous n’insisterons pas sur la question, ceci n’étant pas un traité de versification, mais il importait que le lecteur fût averti que dans ces rencontres les vers doivent très souvent se prononcer autrement que la prose.

2º La semi-voyelle Y.

La plus importante et la plus fréquente des semi-voyelles, et celle qui se forme le plus facilement, c’est celle qui provient de l’i: dans cette fonction elle s’appelle yod, et sa prononciation se marque commodément par y.

I. Après une consonne.—Le groupe ia est assez fréquent, et se trouve par exemple dans un grand nombre de finales: -ia, -iable, -iaque, -iacre, -iade, -iaffe, -iage, etc. Le groupe ie n’est pas moins fréquent. Mais quel que soit le groupe, ia, iai ou ian, , , ien ou ieu, io, ion ou iu, partout c’est ya, yai, , etc., qui se prononcent, même si l’i appartient étymologiquement à la syllabe précédente, ce qui d’ailleurs est le cas ordinaire: mar-yage, byais, or-yent, ép-yer, nce, coméd-yen, pluv-yeux, ag-yoter, pass-yon, bin-you, op-yum.

Toutefois, si l’i appartient à un préfixe qui garde son sens plein, la séparation est maintenue: anti-alcoolisme, archi-épiscopal.

D’autre part, il ne faut pas non plus qu’il y ait dans la prononciation même un obstacle à la formation de la diphtongue. Ainsi il est clair que lier ou nier en tête d’une phrase se prononceront difficilement en une syllabe.

Mais surtout la synérèse est impossible, quand l’i est précédé soit de l’u consonne, soit, et plus encore, de l’un des groupes à liquide finale, bl, br, cl, cr, etc. L’i (ou y) reste donc nécessairement voyelle dans des mots comme qui-étisme, et surtout maestri-a, dry-ade, tri-ait, fabli-au, oublier, pri-ère, Adri-en, oubli-eux, bri-oche, tri-omphe, Bri-oude, stri-ure ou atri-um. Mieux encore: on sait qu’à la suite des mêmes groupes, les diphtongues originelles ont dû se décomposer avec une nécessité qui s’est imposée aux poètes eux-mêmes, dans les mots tels que meurtri-er, sabli-er, devri-ons, devri-ez[462].

Mais on notera ici un phénomène remarquable: dans tous les mots où l’i reste ainsi rattaché à la syllabe précédente, il se développe spontanément entre l’i et la syllabe qui en reste séparée, un yod, qui s’ajoute à l’i: qui-étisme, bri-oche et meurtri-er se prononcent en réalité qui-yétisme, bri-yoche, et meurtri-yer, de même que plus haut nous avons vu la finale i-e prolongée aboutir à i-ye: la vi-ye[463]. Que dis-je? pour distinguer l’imparfait du présent dans les verbes en i-er, tandis que vous étudi-ez se prononce ordinairement étud-yez, étudi-iez se prononce en réalité étudiy-yez[464]. Daign-iez, dont le cas est pareil, est même fort difficile à prononcer.