L’u est semi-voyelle à fortiori, même en vers, quand il se prononce dans les groupes qua, que et qui, gua, gue et gui; mais il ne garde le son u que devant e et i: questeur, aiguille; il prend le son de la semi-voyelle ou devant a: équation, guano[486].

Il va sans dire que, dans juin, l’u ne doit pas prendre le son ou, comme il arrive souvent (cela arrive parfois même dans puis). Quelques-uns prononcent jun, ce qui est encore pis; d’autres même prononcent juun sans s’en apercevoir! Juin doit se prononcer comme il est écrit, mais en une seule syllabe.

Enfin il faut éviter avec soin de réduire ui à u dans menuisier ou fruitier, comme de le réduire à i dans puis ou puisque.

4º La semi-voyelle OU.

Les groupes de voyelles qui commencent par ou, à savoir oua, ouai, ouan, oué, ouè, ouen, oueu, oui, ouin, et même ouon, sont également diphtongues dans l’usage courant, sinon en vers, et même plus facilement que ceux qui commencent par u. Ainsi ou fait fonction de consonne dans des mots comme ouail-les, couen-ne, douai-re, jouer, mouette, joueuse, fouine ou baragouin et, nous jouons[487]; et la synérèse n’est guère empêchée que par les groupes de consonnes bl, br, etc., dans des mots tels que flou-er, trou-er, trou-ait, trou-ons, prou-esse, éblou-ir, qui ne sont pas très nombreux[488].

Pourtant des mots comme bou-eux et nou-eux subissent mal la synérèse, et le discours soutenu, qui se rapproche du vers, l’évite souvent dans des mots tels que jou-er, lou-er, comme aussi tu-er. Il faut y ajouter naturellement les formes comme jou-ions, jou-iez, qui sont dans le même cas que tu-ions, tu-iez.

On sait que le w anglais est précisément la consonne que nous représentons par ou: ainsi dans whist ou tramway, mais ces deux mots sont les seuls mots de la langue, noms propres à part, où le w conserve régulièrement le son ou[489].

Nous venons de voir ou semi-voyelle quand l’u se prononce dans les groupes qua et gua. Nous avons vu aussi que la diphtongue oi représentait en réalité oua ou wa; et il en est de même de oin qui est identique à ouin.

La prononciation de oi et oin en une seule syllabe est même si facile que les groupes de consonnes bl, br, etc., ne produisent jamais ici la diérèse, pas plus dans groin, malgré Victor Hugo, que dans croix ou emploi[490].

Il arrive aussi parfois que l’o s’assourdit en ou même devant une voyelle autre que in. Cela est nécessaire dans joaillier, qui, malgré son orthographe, est apparenté à joyau, et il n’y a que les poètes pour obliger le lecteur à scander jo-aillier. Mais le phénomène se produit parfois même dans oasis ou casoar, qu’on prononce facilement ouasis et casouar, quand on parle un peu vite[491].