Quant à l’i, on ne le trouve en tête des mots que dans quelques mots savants d’origine latine, où l’usage ordinaire, à défaut des poètes, en fait aussi une consonne: ïambe, iode, ionique, iota, iule et leurs dérivés. En revanche, l’adverbe hi-er a deux syllabes depuis le XVIᵉ siècle, et ne doit pas se prononcer yer, sauf en vers, quand la mesure l’exige; tout au plus peut-on dire avantyer, et ce n’est nullement nécessaire[479]. Il n’en est pas de même du groupe initial hiér- (hroglyphe, hrarchie), qui ne fait deux syllabes qu’en vers et encore pas toujours[480].

Pour terminer sur ce point, nous ajouterons que la prononciation actuelle des ll mouillés les assimile complètement au yod, par exemple dans taille, abeille, fille, etc., qui se prononcent ta-ye, abe-ye, fi-ye; d’où il résulte que les finales de prier et briller se prononcent exactement de la même manière: pri-yer, bri-yer[481].

Le gli italien est dans le même cas que les ll mouillés. Enfin gn mouillé diffère peu de ny: les finales de daigner et dernier sont à peu près identiques. Nous reviendrons sur tous ces points dans les chapitres consacrés aux consonnes[482].

3º La semi-voyelle U.

Les autres semi-voyelles nous arrêteront moins.

Les groupes de voyelles qui commencent par u, à savoir ua, uai, , , uei, ui, uin, et même uon, sont aussi des diphtongues en général dans l’usage courant, sinon en vers; et l’on sait que le groupe ui est généralement diphtongue, même en vers. Ainsi u fait fonction de consonne dans per-sua-der, s-uaire, insi-nuant, sué-dois, impé-tueux, fuir, juin et même nous nous ruons[483].

Pourtant le phénomène est moins constant que dans les groupes qui commencent par i.

D’abord l’u est parfois suivi lui-même d’un groupe où i est semi-voyelle, auquel cas l’u doit rester distinct, comme dans tu-ions, tu-iez[484].

Mais surtout deux consonnes différentes quelconques suffisent généralement ici pour empêcher la synérèse, par exemple dans argu-er, sanctu-aire ou respectu-eux, et presque tous les mots en -ueux, aussi bien que dans obstru-er, conclu-ant, conclu-ons, flu-ide, bru-ine et dru-ide, où figurent les groupes connus cl, br, etc.

Toutefois la diphtongue étymologique s’est maintenue, même en vers, malgré les mêmes consonnes, dans autrui, dans pluie et truie, dans bruit, fruit et truite, dans détruire, instruire et construire[485]; elle s’est diérésée seulement dans bru-ire, bru-issant, bru-issement, qui sont plutôt des mots poétiques, et même dans ébru-iter. Euphu-isme, mot savant, n’a pas subi la synérèse, non plus que du-o.