Ainsi le mot tuyau, peut-être sous l’influence de gru-yère, est en voie de perdre sa prononciation correcte; sans doute, même en dehors des puristes, il y a encore beaucoup de gens, des femmes surtout, qui prononcent tui-yau; mais la prononciation populaire tu-yau est aujourd’hui répandue partout et paraît devoir prévaloir[471].
De même tu-yère. On altère parfois jusqu’à bruyant, qui vient de bruit, sans doute par l’analogie de bru-yère; mais je ne pense pas que bru-yant, qui est fort incorrect, puisse se généraliser[472].
On peut ajouter ici que le mot alleluia, quoiqu’il n’ait point d’y grec, se prononce le plus généralement allelui-ya, comme le latin quia.
III. Changement de l’Y grec en I.—Une autre modification s’est faite à la prononciation de l’y grec dans les verbes en -ayer, -oyer, -uyer; ou plutôt il s’est changé en i simple devant un e muet, au présent, au futur et au conditionnel, d’où disparition du yod: noi(e), noi(e)ra, noi(e)rait[473].
Seuls les verbes en -eyer ont gardé partout l’y grec; mais grasseyer est le seul qui soit répandu.
Les verbes en -ayer, qui sont fort rapprochés des précédents, hésitent souvent entre deux formes et deux prononciations: pai(e) et pai(e)ra, ou paye (pai-ye) et payera (pai-yera). Au futur et au conditionnel, l’i l’emporte sans conteste, et si l’on dit encore rai-yera ou pai-yera, on ne dit plus effrai-yera, plus guère essai-yera ou balai-yera. Au présent, l’y grec se maintient un peu mieux: j’essai-ye et surtout je rai-ye sont fort usités; je balai-ye ou je pai-ye le sont moins, mais sont encore très corrects[474].
Ce phénomène a complètement disparu des verbes en oyer, et des formes comme noye ou flamboye sont tout à fait inusitées, malgré le voisinage de noyons et flamboyons. Il est vrai qu’on entend encore assez souvent dans le peuple soye (soi-ye) et soyent, sans doute par analogie avec soyons, soyez; mais cette prononciation est extrêmement vicieuse, d’autant plus qu’on écrit sois et soit au singulier; et quoiqu’on écrive assez sottement aie et aies, comme voie, avec des e muets, la prononciation ai-ye ou voi-ye, qu’on entend parfois, n’est pas moins condamnable aujourd’hui[475].
IV. L’I ou Y grec initial devant une voyelle.—L’y grec initial devant une voyelle est toujours consonne: yacht, yatagan, et les poètes eux-mêmes ont bien de la peine à le séparer[476].
On peut considérer le groupe il y a comme un cas particulier de ce fait général: ce n’est qu’en vers que il y a peut compter pour trois syllabes; mais quand on parle, on n’en fait que deux, quoiqu’il y ait trois mots[477].
Le phénomène est le même pour il y eut, il y aura et toute la conjugaison, et aussi pour la conjugaison de il y est. Le phénomène est même bien plus marqué encore pour ça y est, où y se trouve entre deux voyelles, cas identique à celui de na-ïade ou go-yave[478].