L’n mouillé s’écrit gn; il se rapproche très sensiblement de l’n suivi de la semi-voyelle y, et se confond souvent avec lui.

6º A ces dix-huit consonnes simples il faut ajouter une consonne double, x, qui se prononce de diverses façons, mais qui en principe représente cs; et d’autre part l’h, qui ne se prononce plus guère, même quand il est aspiré, mais qui dans ce cas sert toujours à empêcher l’élision et la liaison.

Quelques considérations générales sur l’accent tonique.

Avant de commencer l’étude particulière des voyelles, une distinction capitale est à faire, celle des voyelles accentuées ou toniques, et des voyelles atones, car l’e dit muet n’est pas seul atone, et toute voyelle qui ne porte pas l’accent tonique s’appelle atone. Or l’accent tonique, très faible en français par comparaison avec les autres langues, est cependant très important, comme on va voir. Mais il ne faut pas le confondre avec l’accent dit oratoire, ou emphatique, qui est tout autre chose.

L’accent oratoire se place sur la syllabe quelconque que l’on désire mettre en relief, et souvent même sur des mots complètement atones, comme je. Il se met en général sur la première syllabe des mots. Ch. Nyrop, le grammairien danois, qui est classique chez nous en matière de grammaire française, a relevé dans un cours public la phrase suivante, dont il a noté les accents d’après le débit du professeur: «Ainsi nous avons d’une part une progression croissante, d’autre part une progression croissante.» On dirait de même: c’est un misérable; attention! impossible. Toutefois, si la première syllabe commence par une voyelle, l’accent oratoire se reporte le plus souvent sur la seconde, afin de faire vibrer la première consonne: insen. Cela est particulièrement nécessaire quand il y a liaison avec le mot précédent, dont la consonne finale prendrait sans cela trop d’importance: c’est impossible et non c’est impossible. Paul Passy a noté que certains mots sont prononcés plus souvent avec cet accent qu’avec l’accent normal: beaucoup, extrêmement, terrible, ridicule, bandit, etc., et surtout des injures, comme cochon; mais tous ces mots reprennent l’accent normal, si on les prononce avec le calme parfait. Ainsi l’accentuation de beaucoup de mots est dans une sorte d’équilibre instable, qui se prête admirablement à l’expression de la pensée ou du sentiment, avec toutes leurs nuances[19]. Seulement l’accent oratoire, qui est arbitraire, peut bien exercer une grande influence sur l’intensité des voyelles: il n’en exerce aucune sur le timbre.

Il n’en est pas de même de l’accent tonique, qui est fixe, et qui vient directement du latin: malgré sa faiblesse, il a conservé sa place originelle dans les mots de formation populaire, et il est uniquement sur la dernière syllabe masculine des mots, les syllabes muettes ne comptant pas: présage a l’accent tonique sur a, couronne sur o, quatrième sur è. D’ailleurs beaucoup de mots d’une et même deux syllabes, articles, pronoms, prépositions, conjonctions, s’appuient sur leurs voisins et n’ont pas d’accent propre ou très peu. D’autres mots ont un accent, et peuvent le perdre au profit d’un monosyllabe qui suit, lequel peut le perdre à son tour au profit d’un autre monosyllabe; ainsi dans les expressions laissez, laissez-moi, laissez-moi là, l’accent est toujours uniquement sur la dernière syllabe, c’est-à-dire successivement sur sez, sur moi et sur [20]. Et il faut noter que l’accent oratoire ne détruit pas nécessairement l’accent tonique: dans je reste, tu t’en vas, l’accent oratoire peut être sur je et tu, mais cela n’empêche pas l’accent tonique d’être sur res et vas.

Cela posé, on comprend sans peine que les voyelles qui ont un accent tonique fixe ont beaucoup plus d’importance que les voyelles atones. Ce point est capital, et la question de savoir si une voyelle est ouverte ou fermée, longue ou brève, ne se pose réellement avec intérêt que si cette voyelle est tonique. En effet, les voyelles atones, n’ayant pas l’importance des autres, se prononcent presque toutes plus ou moins légèrement, à moins d’une intention spéciale; aussi sont-elles rarement fermées et rarement longues; car on ne peut fermer ou allonger une voyelle que par un acte exprès de la volonté[21].

Ainsi les voyelles atones sont généralement assez brèves et assez ouvertes, sans l’être beaucoup; elles sont moyennes, dans tous les sens du mot, et diffèrent assez peu les unes des autres. On peut comparer pour la quantité les deux a de adage ou placard, où le second est beaucoup plus long que le premier, et pour l’ouverture, les deux o de folio ou siroco, où le second seul est fermé. On met le plus souvent un accent aigu sur l’e à l’intérieur des mots, quand il n’est pas muet; mais il ne s’ensuit pas que cet e soit fermé: il est, lui aussi, moyen dans tous les sens. Par exemple dégénéré a d’abord trois e à peu près identiques, et qui, malgré l’accent aigu qui les assimile au quatrième, sont en réalité aussi distincts de lui que de l’e ouvert et long qui termine le présent dégénère[22].

Ce phénomène est si général et si nécessaire, que la même syllabe changera son ouverture et sa quantité suivant la place qu’elle aura dans le mot, c’est-à-dire suivant qu’elle sera ou ne sera pas tonique. Nous venons de voir le troisième é de dégénérer s’allonger manifestement dans dégénère; inversement l’a de cave s’abrège dans caveau. Une voyelle tonique qui était fermée et longue s’ouvre à demi et s’abrège en perdant l’accent: bah, ébahir; une voyelle tonique qui était ouverte et longue se ferme à demi et s’abrège aussi: or, dorer; si bien que par exemple l’e de pied, qui est fermé, et l’e de diffère, qui est ouvert, deviennent identiques, ni ouverts ni fermés (malgré l’accent aigu), dans piéton et différer.

Même si la syllabe ne se déplace pas dans le mot, il suffit qu’elle perde l’accent au profit du monosyllabe qui la suit, pour que son ouverture et sa quantité changent également: aime est moins ouvert et moins long dans aime-t-il, où l’accent est sur il, que dans il aime; peux est moins fermé et plus bref dans peux-tu que dans tu peux; êtes se prononce plus légèrement dans vous êtes fou que dans fou que vous êtes. Il n’est même pas besoin d’un monosyllabe héritant de l’accent du mot qui précède: il suffit qu’un mot accentué soit suivi immédiatement d’autres mots liés à lui intimement par le sens, pour que le seul affaiblissement de l’accent produise un léger changement d’ouverture ou de quantité, car l’accent qui n’est pas tout à fait final est toujours plus faible que l’accent final; ainsi aime, étant moins accentué, est aussi moins ouvert et plus bref dans je les aime depuis longtemps, articulé sans pause, que dans je les aime tout court.