On voit quelle est l’importance du phénomène: il se manifeste aussi bien dans les assemblages de mots que dans les mots considérés séparément. C’est un point qu’il ne faudra jamais perdre de vue dans l’étude des mots pris séparément. Nous le rappellerons d’ailleurs plus d’une fois au lecteur. Mais de toutes ces considérations il résulte que l’objet principal de la première partie de ce livre sera l’étude des voyelles toniques, qui sont de beaucoup les plus importantes. Quant aux voyelles atones, j’entends celles qui sont dans le corps des mots, nous ne laisserons pas d’en dire un mot à la suite dans chaque chapitre, mais seulement comme complément, et parce que le phénomène général dont on vient de parler ne se manifeste pas également dans tous les cas. Il faut voir notamment dans quelles circonstances il peut se faire qu’une syllabe qui perd l’accent garde néanmoins en partie ses qualités premières.
Autres observations générales.
En dehors de la distinction capitale que nous venons de faire entre les voyelles toniques et les atones, nous pouvons encore, avant de passer à l’étude des voyelles particulières, simplifier sensiblement la besogne par avance au moyen de deux observations générales concernant les voyelles toniques qui peuvent être ouvertes, a, e, eu, o.
C’est un fait constant que les groupes de consonnes abrègent la voyelle qui précède, et cela est vrai des toniques encore plus que des autres. Donc une voyelle tonique n’est jamais longue, et encore moins fermée, quand elle est suivie de deux consonnes articulées: secte, golfe. Je dis articulées toutes les deux, car d’une part une consonne double n’a jamais en fin de mot que la valeur d’une consonne simple; d’autre part, dans un mot tel qu’amante, on ne prononce qu’une seule consonne, l’n n’étant plus que le signe extérieur de la nasalisation; de même dans Duquesne, l’s ne sert plus qu’à allonger la voyelle. Mais si les deux consonnes sont articulées, elles produisent le même effet que l’atonie, et elles le produisent avec une régularité et une constance parfaites, que nous ne trouverons pas ailleurs. Par exemple, apte, arc, arche, taxe (car x=cs), etc., ou secte, berge, ferme, reste, vexe, etc., ou docte, dogme, golfe, porche, etc., ont la voyelle plus ou moins brève, suivant les cas, mais jamais longue et toujours ouverte, et ces finales n’ont jamais d’accent circonflexe[23].
Toutefois, ces groupes de deux consonnes ne comprennent pas ceux où la seconde, mais la seconde seule, est une liquide, l ou r; car ceux-là sont traités en français comme s’ils ne faisaient qu’une seule consonne[24]. Ainsi les finales en -acle ou -adre, par exemple, peuvent être, comme nous le verrons plus loin, longues ou brèves, ouvertes ou fermées, et ne doivent pas être confondues avec les finales en -acte ou -apte, ou même -arle, toujours ouvertes, et toujours brèves ou moyennes; de même etre peut être long ou bref (être, mètre), tandis que -erte, fait des mêmes lettres, n’est jamais long; l’a est long et fermé dans sabre, tandis qu’il est nécessairement ouvert et moyen dans barbe, qui a les mêmes consonnes, et même dans marbre, qui en a une de plus.
Malgré cette restriction, il reste un nombre considérable de finales toniques dont nous n’aurons pas à nous occuper: plus de trente pour chacune des voyelles a, é, o[25]. Nous n’aurons donc à étudier que trois catégories:
1º Les voyelles finales, avec ou sans consonne muette: panama, ama(s), clima(t), estoma(c);
2º Les voyelles suivies d’une seule consonne articulée, simple ou double, avec ou sans e muet: cartel, martèle, mortelle;
3º Les voyelles suivies de deux consonnes articulées dont la seconde seule est l ou r, la première étant simple ou double: maître, mètre, mettre.
Notre seconde observation préliminaire à propos des voyelles toniques a, e, eu, o, c’est que, lorsqu’elles ont l’accent circonflexe, elles sont longues en principe, quand elles sont suivies d’une syllabe muette, sauf dans les formes verbales[26].