Clefs mobiles.
Nous allons transcrire le rapport fait par la commission que M. le ministre de la marine chargea de l'examiner:
«Ce système des clefs, dites mobiles, se compose de deux leviers en fer forgé, dont le petit bras est renforcé. Chaque levier est muni de deux tourillons adaptés à sa face supérieure et d'un talon saillant au-dessous de sa face inférieure.»
«Au commencement de son action, le levier s'appuie par ses tourillons sur des flasques qui l'élèvent au-dessus d'une plaque de fer fondu, et ensuite par son talon sur cette plaque même, qui est fixée sur les élongis, vis-à-vis le passage du mât à manœuvrer.»
«Pour guinder ce mât, on l'élève au moyen de la guinderesse, jusqu'à ce que le trou de la clef puisse recevoir les bouts des leviers qu'on a abaissés; on agit ensuite à l'aide d'un palan sur les extrémités opposées de ces leviers, pour les ramener à leur position horizontale; lorsqu'ils y sont arrivés, on les fixe par des clavettes, et alors ils remplacent les clefs du mât, qui lui-même se trouve dans la position qu'il doit occuper.»
«Lorsqu'on veut caler, on enlève les clavettes, après avoir pesé un peu sur les leviers; ils s'abaissent sous le poids du mât, qui descend sans qu'il soit nécessaire de mollir les haubans et galhaubans, ni de les soulever ainsi que le mât, comme l'exige le déplacement des clefs ordinaires.»
«Dans chaque levier, le grand bras a sept fois la longueur du petit; et, le premier restant constant, le petit bras diminue de plus en plus de moitié, à mesure qu'il s'engage dans le trou de la clef du mât. La force nécessaire pour établir l'équilibre dans cette machine, n'est ainsi d'abord que le septième de la résistance, et se réduit ensuite à moins d'un quatorzième de la résistance.»
«Dans un cabestan de vaisseau, la puissance étant de multiplier par quatre fois et demi, ou cinq, la force opposée à la résistance, la puissance des leviers est donc à celle du cabestan comme 11 est à 4½ ou 5, c'est-à-dire plus que double.»
«Indépendamment de cet excès de puissance, les leviers ont l'avantage d'éprouver un frottement peu considérable, et qui n'augmente pas beaucoup pendant leur grande action. Tandis que les frottemens du cabestan dans son étambraie, ceux qu'éprouve la guinderesse dans les poulies, et souvent ailleurs, sont toujours bien plus grands, et augmentent avec la pression que cause la résistance.»
«Enfin, la disposition des machines fait que les hommes agissent plus également et plus efficacement sur les leviers que sur les barres du cabestan. On ne doit donc pas être étonné de voir les clefs mobiles manœuvrées par vingt hommes, produire plus d'effet que les poulies de guinderesse et le cabestan mus par quatre-vingts ou cent hommes.»