Pardon, mon digne ami; je ne puis pleurer qu'avec vous!
BÉGEARSS.
Déposez vos douleurs dans le sein d'un homme sensible.
LA COMTESSE.
Enfin, est-ce lui, est-ce vous, qui avez déchiré le cœur de Florestine? Je la destinais à mon fils.—— Née sans biens, il est vrai; mais noble, belle et vertueuse; élevée au milieu de nous: mon fils devenu héritier, n'en a-t-il pas assez pour deux?
BÉGEARSS.
Que trop, peut-être; et c'est d'où vient le mal!
LA COMTESSE.
Mais, comme si le Ciel n'eût attendu aussi long-temps, que pour me mieux punir d'une imprudence tant pleurée; tout semble s'unir à la fois pour renverser mes espérances. Mon époux déteste mon fils.... Florestine renonce à lui. Aigrie par ne sais quel motif, elle veut le fuir pour toujours. Il en mourra le malheureux! voilà ce qui est bien certain. (Elle joint les mains). Ciel vengeur! après vingt années de larmes et de repentir, me réservez vous à l'horreur de voir ma faute découverte? Ah! que je sois seule misérable! mon Dieu, je ne m'en plaindrai pas! mais que mon fils ne porte point la peine d'un crime qu'il n'a pas commis! Connaissez-vous, Monsieur Bégearss, quelque remède à tant de maux?
BÉGEARSS.