—Vous connaissez Duras,—murmurai-je, abasourdi.
—On y va de Bordeaux, par un petit chemin de fer,—poursuivit-elle.—C'est une route encaissée, avec des coteaux pleins de vignobles, que couronnent des ruines féodales. Les villages ont de beaux noms: Monségur, Sauveterre-de-Guyenne, la Tresne, Créon... Créon, comme dans Antigone.
—Vous y êtes allée?
Elle me regarda.
—Dis-moi tu,—fit-elle avec une sorte de lassitude.—Il faudra, tôt ou tard, que tu me tutoies. Commence tout de suite.
Cette promesse menaçante me combla sur l'heure d'un immense bonheur. Je songeai aux paroles de M. Le Mesge: «Ne parlez pas tant que vous ne l'aurez pas vue. Dès que vous l'aurez vue, vous renierez tout pour elle.»
—Si je suis allée à Duras?—poursuivit-elle avec un éclat de rire.—Tu t'amuses. T'imagines-tu la petite-fille de Neptune dans un compartiment de première classe, sur une ligne d'intérêt local?
Etendant la main, elle me montra l'énorme rocher blanc qui dominait les palmiers du jardin.
—Il est tout mon horizon,—dit-elle gravement.
Parmi plusieurs livres qui traînaient autour d'elle, sur la peau de lion, elle en prit un, qu'elle ouvrit au hasard.