—C'est l'indicateur des chemins de fer de l'Ouest,—dit-elle.—Quelle lecture admirable pour quelqu'un qui ne bouge pas! Actuellement, il est cinq heures et demie du soir. Un train, un train omnibus, est arrivé, il y a trois minutes, à Surgères, dans la Charente-Inférieure. Il en repartira dans six minutes. Dans deux heures, il arrivera à la Rochelle. Comme c'est bizarre ici, de songer à ces choses. Tant de distance!... Tant de mouvement! Tant d'immobilité!...

—Vous parlez bien le français,—fis-je.

Elle eut un petit rire nerveux.

—J'y suis bien obligée. Comme l'allemand, comme l'italien, comme l'anglais, comme l'espagnol. C'est mon genre de vie qui m'a faite une fameuse polyglotte. Mais c'est le français que je préfère, au touareg et à l'arabe même. Il me semble que je l'ai toujours su. Et crois bien que je ne dis pas cela pour te faire plaisir.

Il y eut un silence. Je songeai à son aïeule, à celle dont Plutarque disait: «Il y avait peu de nations avec qui elle eût besoin d'interprète; Cléopâtre parlait dans leur propre langue aux Ethiopiens, aux Troglodytes, aux Hébreux, aux Arabes, aux Syriens, aux Mèdes et aux Parthes.»

—Ne reste pas ainsi planté au milieu de la salle. Tu me fais de la peine. Viens t'asseoir, là, à mon côté. Poussez-vous, monsieur Hiram-Roi.

Le guépard obéit avec humeur.

—Donne ta main,—commanda-t-elle.

Il y avait à son côté une grande coupe d'onyx. Elle y prit un anneau d'orichalque, très simple. Elle le passa à mon annulaire gauche. Je vis alors qu'elle portait le même.

—Tanit-Zerga, offre à monsieur de Saint-Avit un sorbet à la rose.