—Un peu plus de neuf heures. Vois, le soleil est déjà haut. Laisse que je baisse le store.

L'ombre emplit la pièce. Les yeux de Galé se firent plus roses. Ceux d'Hiram-Roi devinrent verts.

—C'est très gentil,—répétai-je, poursuivant mon idée.—Je vois que tu es libre aujourd'hui. Jamais encore tu n'étais venue de si bon matin.

Une ombre passa sur le front de la petite fille.

—Je suis libre, en effet,—fit-elle, presque durement.

Je regardai alors avec plus d'attention Tanit-Zerga. Pour la première fois, je m'aperçus qu'elle était belle. Ses cheveux, qu'elle portait répandus sur ses épaules, étaient moins crépelés qu'ondulés. Ses traits étaient d'une pureté remarquable: nez très droit, petite bouche aux lèvres fines, menton volontaire. Le teint était cuivré et non noir. Le corps mince et souple n'avait rien de commun avec les ignobles boudins graisseux que deviennent les corps des noirs bien soignés.

Un large cercle de cuivre faisait autour de son front et de ses cheveux une lourde ferronnière. Elle avait quatre bracelets, plus larges encore, aux poignets et aux chevilles, et, comme vêtement, une tunique de soie verte, échancrée en pointe, soutachée d'or. Vert, bronze, or.

—Tu es Sonrhaï, Tanit-Zerga?—fis-je doucement.

Elle répliqua, avec une sorte de fierté dure:

—Je suis Sonrhaï.