«Bizarre petite», pensai-je.
Visiblement, il y avait un point sur lequel Tanit-Zerga n'entendait pas laisser dévier la conversation. Je me rappelai l'air presque de souffrance quand elle m'avait dit qu'on avait chassé Hiram-Roi, avec lequel elle avait prononcé ce on.
—Je suis Sonrhaï,—répéta-t-elle.—Je suis née à Gâo, sur le Niger, l'antique capitale sonrhaï. Mes pères ont régné sur le grand empire mandingue. Si je suis ici comme esclave, il ne faut pas me mépriser.
Dans un rayon de soleil, Galé, assise sur son petit derrière, lustrait ses moustaches luisantes avec ses pattes de devant; Hiram-Roi, vautré sur la natte, dormait, poussant, de-ci, de-là, un grognement plaintif.
—Il rêve,—dit Tanit-Zerga, un doigt sur les lèvres.
—Il n'y a que les jaguars qui rêvent,—fis-je.
—Les guépards rêvent aussi,—répondit-elle gravement, sans paraître saisir le moins du monde le sel de cette facétie parnassienne.
Il y eut un moment de silence. Puis elle dit:
—Tu dois avoir faim. Et je pense que tu n'aurais pas de plaisir à manger avec les autres.
—Je ne répondis pas.