—Il faut manger,—reprit-elle.—Si tu le permets, je vais aller chercher à manger, pour toi et pour moi. J'apporterai aussi le dîner d'Hiram-Roi et de Galé. Quand on a du chagrin, il ne faut pas rester seul.

Et la petite fée verte et dorée sortit, sans avoir attendu ma réponse.

C'est ainsi que se nouèrent mes relations avec Tanit-Zerga. Chaque matin, elle arrivait dans ma chambre avec les deux bêtes. Il était rare qu'elle me parlât d'Antinéa, et toujours de façon indirecte. La question qu'elle voyait sans cesse à mes lèvres semblait lui être insupportable, et je la sentais fuir tous les sujets sur lesquels j'osais moi-même ramener la conversation.

Pour mieux les éviter, comme une petite perruche fiévreuse, elle parlait, parlait, parlait.

Je fus malade, et soigné comme on ne l'a jamais été par cette sœur de charité de soie verte et en bronze. Les deux fauves, le grand et le petit, étaient là, de chaque côté de ma couche, et, durant mon délire, je voyais, fixées sur moi, leurs tristes prunelles mystérieuses.

De sa voix chantante, Tanit-Zerga me contait ses belles histoires, parmi lesquelles celle qu'elle jugeait la plus belle, l'histoire de sa vie.

Ce n'est que plus tard, tout d'un coup, que je me suis rendu compte à quel point cette petite barbare avait pénétré dans la mienne. Où que tu sois à l'heure actuelle, chère petite fille, quel que soit le rivage apaisé d'où tu assistes à ma tragédie, jette un regard sur ton ami, pardonne-lui de ne t'avoir pas accordé, de prime abord, l'attention que tu méritais tant.

—Je garde de mes années enfantines,—disait-elle,—l'image d'un jeune et rose soleil montant, parmi les buées matinales, sur un grand fleuve roulant par larges ondes lisses, le fleuve qui a de l'eau, le Niger. C'était... Mais tu ne m'écoutes pas.

—Je t'écoute, je te le jure, petite Tanit-Zerga.

—Vraiment, je ne t'ennuie pas? Tu veux que je parle?