Le Targui souleva une tenture. A sa suite, je venais d'entrer dans la chambre d'Antinéa.

Cette chambre, immense, était à la fois éclairée et très sombre. Tandis que la partie droite où se tenait Antinéa, brillait de lumières exactement circonscrites par des abat-jour, la partie gauche restait obscure.

Ceux qui ont pénétré dans un intérieur musulman savent ce que c'est qu'un guignol, sorte de niche carrée dans la muraille, à quatre pieds du sol, à l'entrée obstruée par un tapis. On y accède par des marches de bois. Je venais de deviner, à gauche, un guignol. Je m'y introduisis. Mes artères battaient dans l'ombre. Mais j'étais toujours calme.

De là, je voyais, j'entendais tout.

J'étais dans la chambre d'Antinéa. Rien de particulier dans cette chambre, sauf un grand luxe de tapis. Le plafond était dans l'ombre, mais plusieurs lanternes multicolores épandaient sur les étoffes lustrées et les fourrures une lueur lointaine et douce.

Etendue sur une peau de lion, Antinéa fumait. Un petit plateau d'argent, une buire étaient à côté d'elle. Hiram-Roi, blotti à ses pieds, les léchait éperdument.

Le Targui blanc se tenait debout, rigide, une main sur le cœur, l'autre sur le front, dans l'attitude du salut.

D'une voix très dure, sans le regarder, Antinéa parla.

—Pourquoi avez-vous laissé passer le guépard? J'ai dit que je voulais être seule.

—Il nous a bousculés, maîtresse,—fit humblement le Targui blanc.