—Partons,—répéta-t-elle,—partons. Gâo est là, tout près, je le sens. Je veux revoir Gâo.
Je l'obligeai à s'asseoir, à mon côté, dans l'ombre d'une roche. Je sentis que toute force l'avait abandonnée. L'immense pitié qui me prit me rendit mon bon sens.
—Gâo est là, tout près, n'est-ce pas?—dit-elle.
Et ses yeux qui brillaient devinrent suppliants.
—Oui, petite, petite fille aimée. Gâo est là. Mais pour Dieu, allonge-toi. Le soleil est mauvais.
—Ah! Gâo, Gâo! Je savais bien,—répéta-t-elle.—Je savais bien que je reverrais Gâo.
Elle s'était redressée sur son séant. Ses petites mains de feu étreignaient les miennes.
—Ecoute. Il faut que je te dise, pour que tu puisses comprendre, pourquoi je savais que je reverrais Gâo.
—Tanit-Zerga, calme-toi, ma petite fille, calme-toi!
—Non, il faut que je te dise. C'était, il y a bien longtemps, au bord du fleuve qui a de l'eau, à Gâo, enfin, où mon père était prince... Eh bien, un jour, un jour de fête, il vint de l'intérieur des terres un vieux sorcier, vêtu de peaux et de plumes, avec un masque et un bonnet pointu, des castagnettes, deux najas dans un sac. Sur la place du village, où tous les nôtres faisaient cercle, il dansa la boussadilla. J'étais au premier rang, et parce que j'avais un collier de tourmaline rose, il vit bien que j'étais la fille d'un chef sonrhaï. Il me parla alors du passé, du grand empire mandingue, sur lequel mes pères ont régné, de nos ennemis, les féroces Kountas, de tout, enfin, puis il me dit...