—Le plus tôt que vous le pourrez, quittez ce vieux radoteur,—me glissa l'hetman de Jitomir.—La partie de trente-et-quarante va commencer. Vous verrez, vous verrez. Beaucoup plus fort que chez Cora Pearl.
—Messieurs,—répéta d'un ton sec M. Le Mesge.
Nous le suivîmes. Quand nous fûmes de nouveau tous trois dans la bibliothèque:
—Monsieur,—me dit-il, s'adressant à moi,—vous m'avez demandé tout à l'heure quelle puissance occulte vous détient ici. Vos façons étant comminatoires, j'aurais refusé d'obtempérer, n'eût été votre ami, que sa science met mieux à même que vous d'apprécier la valeur des révélations que je vais vous faire.
Ce disant, il avait fait jouer un déclic dans la paroi de la muraille. Une armoire apparut, bondée de livres. Il en prit un.
—Vous êtes, tous les deux,—continua M. Le Mesge,—sous la puissance d'une femme. Cette femme, la reine, la sultane, la souveraine absolue du Hoggar, s'appelle Antinéa. Ne sursautez pas, monsieur Morhange, vous finirez par comprendre.
Il ouvrit le livre et lut cette phrase:
«Je dois vous en prévenir d'abord, avant d'entrer en matière: ne soyez pas surpris de m'entendre appeler des barbares de noms grecs.»
—Quel est ce livre?—balbutia Morhange, dont la pâleur, en cet instant, m'épouvanta.
—Ce livre,—répondit lentement, pesant ses mots, avec une extraordinaire impression de triomphe, M. Le Mesge,—c'est le plus grand, le plus beau, le plus hermétique des dialogues de Platon, c'est le Critias ou l'Atlantide.