—Le Critias? Mais il est inachevé,—murmura Morhange.

—Il est inachevé en France, en Europe, partout,—dit M. Le Mesge.—Ici, il est achevé. Vérifiez l'exemplaire que je vous tends.

—Mais quel rapport, quel rapport,—répétait Morhange, tandis qu'il parcourait avidement le manuscrit,—quel rapport y a-t-il entre ce dialogue, complet, il me semble, oui, complet, quel rapport avec cette femme, Antinéa? Pourquoi est-il en sa possession?

—Parce que,—répondit imperturbablement le petit homme,—parce que ce livre, à cette femme, c'est son livre de noblesse, son Gotha, en quelque sorte, comprenez-vous? Parce qu'il établit sa prodigieuse généalogie; parce qu'elle est...

—Parce qu'elle est?—répéta Morhange.

—Parce qu'elle est la petite-fille de Neptune, la dernière descendante des Atlantes.

CHAPITRE IX
L'ATLANTIDE

M. Le Mesge considéra Morhange victorieusement. Il était visible qu'il ne s'adressait qu'à lui, qu'il le jugeait seul digne de ses confidences.

—Nombreux sont, monsieur,—dit-il,—les officiers français ou étrangers, que le caprice de notre souveraine, Antinéa, a conduits ici. Vous êtes le premier à qui je fais l'honneur de mes révélations. Mais vous avez été l'élève de Berlioux, et je dois tant à la mémoire de ce grand homme qu'il me semble lui rendre hommage en faisant part à l'un de ses disciples des résultats uniques, j'ose dire, de mes recherches particulières.

Il agita sa sonnette. Ferradji parut.